Emmanuel Pinto Moreira

Directeur des économistes-pays, Banque africaine de développement

Debora Revoltella

Chef économiste et Directeur du Département des affaires économiques, Banque européenne d’investissement

Artur Radziwill

Directeur, économies et politiques pays, Banque européenne pour la reconstruction et le développement

Maroc : les petites et moyennes entreprises, un vecteur incontournable de développement

Le 23 septembre 2021 à 10h48

Modifié 23 septembre 2021 à 12h48

La pandémie de Covid-19 nous a démontré à tous l’importance de travailler en commun. Une coopération tripartite pour réussir l’après-crise. 

Partout dans le monde, la crise a entraîné un choc hors norme et le Maroc n’a pas fait exception. Pourtant, les perspectives pour 2022 sont encourageantes. Avec un rebond anticipé de la croissance mondiale et des prévisions revues à la hausse pour le Royaume, le secteur privé devrait accélérer son rôle dans le pays, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), pour consolider la croissance et rendre l’économie plus résiliente.

Dans ce contexte, la première étude tripartite, réalisée par nos trois institutions, souligne les principaux enjeux et les perspectives de développement du secteur privé et de l’investissement. Autant d’éléments clés pour favoriser l’inclusion et la création d’emplois de qualité, dans l’optique des recommandations de la Commission spéciale sur le Nouveau modèle de développement.

Environ 90% des entreprises marocaines sont des PME. Durement affectées par la crise, elles ont des difficultés à investir et à se développer. D’après une enquête récente, la chute de leur chiffre d’affaires a été plus importante que celle observée dans les grandes entreprises (41 % contre 31 %) et elles sont plus pessimistes quant à leur capacité à surmonter la crise.

L’inclusion financière, une priorité

Inévitablement, le développement du secteur privé passe par l’investissement et l’accès au financement. L’étude montre que le crédit bancaire reste concentré sur les grandes entreprises, notamment publiques, alors que le pays dispose d’un système bancaire parmi les plus développés d’Afrique. Seulement 21% des entreprises bénéficient d’un financement bancaire ou d’une ligne de crédit active et les prêts aux PME ne représentent que 18% du volume total des crédits.

Il est important de diversifier l’offre d’instruments financiers pour permettre aux entreprises de petite taille de financer leur projet d’investissement. En effet, l’accélération de la stratégie marocaine d’inclusion financière est une priorité pour renforcer le rôle des institutions financières non bancaires, des organismes de microcrédit et des sociétés de crédit-bail. De plus, le passage au numérique, couplé à l’éducation financière, renforceront l’accès aux services financiers, notamment dans les zones rurales, et permettront aux très petites entreprises de grandir et de créer des emplois.

Une agriculture durable et résiliente au service des territoires

Le secteur agricole, qui concentre 70% de la population active rurale et 80% de l’activité économique dans les campagnes, doit prendre toute sa part à la dynamique du secteur privé. La région de Drâa-Tafilalet par exemple, la plus rurale du Maroc, détenait moins de 3 % du nombre total de PME en 2019, tandis que la région de Casablanca-Settat accueillait près de 39 % des PME marocaines, selon le Haut-Commissariat au Plan.

Les zones rurales du Royaume recèlent un véritable potentiel. La création de « clusters de tourisme » stimulerait le développement du secteur privé et faciliterait, grâce aux circuits courts, l’accès des producteurs ruraux aux marchés locaux. Le développement des paiements mobiles permettrait aux populations rurales d’accéder aux services financiers de base et faciliterait les échanges, le commerce et les transactions. Il faut donc continuer à y investir pour moderniser les infrastructures et valoriser le capital humain.

Une intégration renforcée dans les chaînes de valeur

L’étude montre enfin l’importance de renforcer l’ancrage du Maroc dans les chaînes de valeur mondiales (CVM), qui représentent entre 60 et 80 % du commerce international. L’intégration du Royaume dans les CVM a considérablement augmenté depuis 15 ans, notamment dans la santé (médecine et pharmacie), l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables et l’économie numérique. Avec de nouveaux débouchés à l’exportation, l’accès à des nouvelles technologies et pratiques de gestion a été favorisé.

Le secteur de la santé a fait preuve de résilience pendant la crise. L’industrie pharmaceutique marocaine occupe la seconde place en Afrique avec une production locale qui couvre 65 % des besoins nationaux, tout en s’acheminant vers la production de vaccins contre le Covid-19. À terme, le Maroc pourrait approvisionner de nouveaux marchés d’exportation grâce à une plus grande intégration commerciale facilitée par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

La crise, le fait écologique et la révolution numérique bouleversent le monde et redéfinissent les priorités. Avec ce premier rapport tripartite, nos institutions soulignent tout le potentiel du secteur privé marocain pour devenir un acteur, encore plus essentiel, du développement du Maroc.

Chaque crise renferme sa part d’espoir. Et c’est surtout une opportunité de réinventer nos manières d’agir et de réfléchir pour que le monde en sorte par le haut.

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