Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

L’économie algérienne : recette d’un fiasco annoncé

Le 20 septembre 2021 à 12h56

Modifié 20 septembre 2021 à 12h56

Quiconque aurait écouté le Premier ministre algérien et ministre des finances, Ayman Benabderrahmane, présenter son Plan d’action pour une relance économique, devant l’Assemblée populaire nationale (APN) le 13 septembre, pourrait se demander comment le pays, avec un tel état des lieux, peut encore prétendre être une puissance africaine.

Regardons les faits. D’ici à 2024, ce plan prévoit d’augmenter la production céréalière de 65 millions de tonnes à 71.1 ; de couvrir 25% des besoins du pays en colza, 33% en maïs et 95% en semences de pommes de terre ; de réduire drastiquement les importations (500 millions de dollars pour les seuls produits pharmaceutiques) ; de construire 579.500 logements ; et, enfin, d’augmenter la capacité d’eau de dessalement à 3.8 millions de mètres cubes jour.

L’État algérien compte aussi promouvoir, d’ici trois ans, les activités touristiques, réformer le secteur bancaire, augmenter les investissements dans le secteur des hydrocarbures de 7.4 à 10 milliards de dollars, développer le secteur des énergies renouvelables pour atteindre 15.000 mégawatts, et redynamiser les activités minières.

Face à la situation que vit l’Algérie et à l’état de son économie, qui s’est gravement détériorée durant la pandémie de Covid-19, l’observateur ne peut que se demander comment un tel plan pourra générer, en un laps de temps si court, la croissance nécessaire pour améliorer les conditions de vie des Algériens. Ce n’est pas, du reste, la première fois qu’un chef de gouvernement algérien présente un plan de réformes. Plusieurs ont été présentés avec les résultats que l’on sait.

Un plan, deux objectifs

La nouveauté de ce plan présenté vise deux objectifs : réduire les dépenses de l’État et répondre aux besoins urgents de la population en produits de première nécessité. Mais l’érosion du pouvoir d’achat des Algériens, couplée au chômage endémique, mettent à rude épreuve le niveau de vie des citoyens, qui ne cesse à se détériorer.

Durant ces dix dernières années, la valeur du salaire moyen de l’Algérien a été divisée par deux, alors que les prix ne cessent d’augmenter. Les Algériens, ou ceux qui travaillent parmi eux, n’arrivent plus à joindre les deux bouts. La moyenne des prix des biens de consommation et des services a aussi doublé, au moment où les salaires sont restés figés. Des catégories sociales entières sont tombées dans la précarité faute d’aides provenant de l’État.

La moyenne des prix de produits de consommation de base est passé du simple au double. Un kilo de lentilles, dont le prix était de 100 dinars algériens, est passé à 250 DA. Le kilo de haricots blancs a augmenté de 160 DA à 270 DA, et le kilo de riz de 80 à 150 DA. Les sardines, qui valaient moins de 250 DA, varient actuellement entre 700 et 1.000 DA. Les prix des voitures ont plus que doublé et leurs importations sont de plus en plus problématiques.

Ce ne sont pas les produits de luxe importés par la classe aisée qui posent problèmes. Ce sont surtout les produits de base qui touchent les classes pauvre et moyenne qui deviennent hors de portée des citoyens. La classe moyenne, véritable thermomètre d’une société saine, a tout simplement fondue sous le double effet de fermetures d’entreprises et du chômage, puis de la hausse excessive des prix.

Les citoyens algériens, face à la baisse de leur pouvoir d’achat et la cherté de la vie, se serrent de plus en plus la ceinture, et suppriment leur consommation de superflus comme les desserts ou la viande. Cette situation rappelle à certains algériens les premières années d’indépendance, lorsque tout manquait. Certains produits ont, tout simplement, disparu des étalages, comme le lait et l’huile. L’eau courante commence à être rationnée dans certaines villes et manque dans d’autres.

Les crises passent et les justifications restent les mêmes

Pour faire face à cette situation, certains algériens se lancent dans les activités informelles pour améliorer leur quotidien. Certains partis politiques proposent même d’actionner une politique de solidarité toute l’année, à l’instar de ce qui se fait durant le mois de ramadan, pour aider les populations défavorisées. Pour eux, l’État algérien doit porter secours à la population.

Le seul levier pour venir à bout de ces maux serait d’augmenter les salaires des fonctionnaires et du secteur privé. Or, le gouvernement algérien n’a plus les moyens de sa politique. Les recettes pétrolières, bases de financement de l’économie algérienne, ont drastiquement chuté, passant, rien qu’entre 2019 et 2020, de 33 milliards de dollars à 23 milliards de dollars.

La dette publique avoisine, quant à elle, 50% du PIB, et les réserves de changes, autrefois atout capital du gouvernement, ont fondu comme neige au soleil. Elles étaient de 194 milliards de dollars en 2014 ; elles ne sont désormais que de 44 milliards. Cette érosion considérable de 54 milliards des avoirs de l’État a mis toute l’économie à rude épreuve. Pour la Banque centrale d’Algérie, cet état de fait est dû à l’excès des dépenses et des importations excessives de l’extérieur.

A chaque crise que rencontre le pays, le gouvernement fournit toujours les mêmes explications : excès des importations de biens et services, faiblesse des exportations hors hydrocarbure et manque de diversification de l’économie, qui tarde à se concrétiser malgré des investissements colossaux effectués. On oublie souvent que ce qui plombe réellement l’économie algérienne, c’est le système rentier instauré par l’armée, qui ronge inexorablement le pays.

Le poids des militaires dans cette rente, et leur mainmise sur les richesses du pays, est la clé de voûte pour comprendre les blocages de l’Algérie. Une grande majorité des opérateurs sont issus de l’armée, ou travaillent sous leurs ordres, en important l’essentiel des besoins à travers des sociétés écrans d’import-export. Certains Algériens les appellent tout simplement import-import, parce qu’elles n’exportent rien en effet.

L’Algérie, si elle veut réellement sortir de son marasme, devrait d’abord agir sur le poids excessif de l’armée dans le système politique ; chose qui ne favorise ni le secteur privé, ni les investissements étrangers. Si elle veut s’inscrire dans l’économie mondiale, elle doit aussi trouver des solutions courageuses et appropriées, loin des replâtrages conjoncturels qui, depuis l’indépendance, n’ont apporté rien de concret à sa population.

La complémentarité économique régionale est aussi la condition sine qua non pour réduire les tensions et les coûts de la course aux armements. S’atteler enfin à améliorer les conditions de vie des Algériens, dans un Maghreb paisible qu’on voudrait tous léguer aux générations futures, serait la première priorité d’un gouvernement responsable. Est-ce un vœu pieux ? Les militaires algériens l’entendront- ils ? Sont-ils conscients des réels enjeux ? Ce sont là de simples questions auxquelles on aimerait bien avoir des réponses.

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