L’accessoire de mode plus fort que jamais dans son « inutilité »

Le 17 octobre 2021 à 10h39

Modifié 17 octobre 2021 à 10h39

C’est un objet « inutile » comme une oeuvre d’art et qui en dit long sur celui qui le porte: l’accessoire est prisé des maisons de luxe et des créateurs de mode indépendants, qui se l’approprient pour transmettre des messages écologiques et sociétaux.

Il y a deux ans, la créatrice des bijoux Capucine Huguet est partie avec des glaciologues en Arctique pour « voir et comprendre ». Avant de concevoir une collection de bagues dédiée à la fonte des glaces.

« Les bijoux sont des vecteurs de personnalité, ils expriment beaucoup: notre religion, notre vie amoureuse… Ils doivent aussi représenter une valeur environnementale », explique à l’AFP la jeune femme, l’une des dix finalistes de festival international de mode à Hyères (Var) dans la catégorie accessoires.

Chaque bague représente un aspect de la fonte des glaces. L’une, imposante, s’inspire des icebergs « naturellement sculptés » par les éléments, et sa structure rappelle celle « hexagonale et cristalline des flocons de neige ».

– Sabots « dépression » –

Les pièces sont réalisées à partir « d’or ou d’argent recyclé, les pierres sont tracées éthiques et tout est fabriqué sur demande » dans l’atelier parisien de la styliste.

Le finaliste américain Benjamin Spencer a créé pendant le confinement sa collection de sabots en plastique, « une réflexion sur la santé mentale pendant la pandémie » de Covid-19.

Anxiété, dépression, chaque paire de chaussures, plus au moins portables, s’inspire d’une maladie.

« Porter une chaussure qui symbolise une émotion négative contribue à combattre cette émotion », dit-il. Des sabots massifs bleu lavande semblent lourds, mais s’avèrent, une fois chaussés, très légers et ergonomiques.

La Française Mathilde Heintz transforme les vieux vêtements en sacs pour donner « la désirabilité à des choses qu’on ne veut plus mettre ».

Les sacs de Lou Chartres ont une fonction supplémentaire: ils deviennent oreillers de voyage, permettant même de dormir debout ou sur l’épaule de celui qui le porte.

Avec ses sacs qui font référence à la cloche au cou des vaches de montagne ou qui s’accrochent au poignet avec un anneau nasal (celui qu’on fixe aux naseaux des taureaux), Manon Marcelot « veut reconnecter les secteurs d’élevage et de maroquinerie ».

Les bagues et bracelets de la Japonaise Rayna Amuro, en argent et osier, synthétisent le contraste entre « l’organique et l’artificiel créé par l’homme ».

« L’accessoire, c’est comme une architecture, cela change tout. Cela donne un style, c’est votre style, votre choix », dit à l’AFP Pascale Mussard, présidente du festival de Hyères.

– Bourgeoise ou punk –

Après 40 ans chez Hermès, elle a oeuvré pour la création d’une catégorie spécifique (depuis 2017) au festival de Hyères, dont la 36e édition s’achève dimanche.

« Par des accessoires, on peut aller sur des chemins que la mode regarde un peu moins, comme le handicap, le développement durable, l’éthique, qui intéressent les jeunes », souligne Pascale Moussard, rappelant qu’une pièce gagnante (un « patch » pour les seins), en 2019, était destinée aux femmes après un cancer du sein.

« Avant, une femme ne sortait jamais sans son chapeau et ses gants, souvent assortis. Dans les années 1970, l’accessoire n’avait plus la même place. Aujourd’hui il reprend de l’importance », dit-elle.

« Ces jeunes qui font des accessoires, c’est nouveau. Avant, c’était intégré dans les maisons de mode. Mais comme il n’est plus aussi codifié qu’autrefois, l’accessoire permet beaucoup de liberté » et de s’identifier par exemple à des courants en marge, « tels que les punks ».

L’accessoire permet de « mettre des accents très personnels dans une forme de standardisation vestimentaire », dit à l’AFP Christian Louboutin, président du jury accessoires. Contrairement aux vêtements ou chaussures, les bijoux n’ont « aucune utilité », mais les talismans qui nous protègent sont associés à cet univers.

Membre du jury et lauréat de l’édition précédente, Ddiddue Etcheberry, estime que l’accessoire doit « raconter une histoire ».

« La pollution visuelle ne laisse plus respirer. Peut-être faut-il qu’il y ait dans une boutique, comme dans un musée, des oreillettes pour raconter l’objet, son origine, les matières et l’histoire de la personne qui l’a créé », avance-t-il.

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