Etre afghane, avoir 18 ans et fabriquer des robots au Qatar

(AFP)

Le 24 septembre 2021

Elles faisaient de la robotique à Kaboul avant d’être évacuées sous la menace des talibans. Neuf jeunes Afghanes tentent aujourd’hui de s’imaginer un avenir au Qatar, en rêvant de robots qui changent la vie et de voyage sur Mars.

Pour elles, le présent est incertain, l’avenir flou. Mais reste un rêve, bien réel celui-là: un concours international de robotique auquel elles ont été inscrites.

Une membre de l’équipe, Ayda Haydarpour, 17 ans, raconte avoir découvert l’ordinateur avec le jeu vidéo Super Mario. Plus tard, elle a suivi une formation en ingénierie informatique et s’est spécialisée dans la programmation.

« Mon grand-père me posait plein de questions sur sa tablette et son téléphone », raconte-t-elle en souriant. « En Afghanistan, la robotique est une nouveauté, en particulier pour les femmes ».

Ayda ambitionne de travailler un jour pour le géant informatique américain Microsoft. Mais, dans un discours peut-être un rien formaté, elle assure aussi vouloir rentrer un jour « et servir (son) peuple ».

Comme sa mère, qui était enseignante en Afghanistan dans une école de jeunes filles fermée par les talibans après leur prise de pouvoir, fin août à Kaboul. Déjà à la tête du pays entre 1996 et 2001, les islamistes avaient alors interdit aux femmes toutes formes d’éducation. Mais mardi, ils ont promis de leur permettre l’accès à l’école. « Cela arrivera aussi vite que possible », a affirmé Zabihullah Mujahid, porte-parole du régime des talibans.

Sans attendre, Ayda, a elle un nouvel objectif et travaille avec ses consoeurs au sein du laboratoire de robotique Texas A&M, une des universités américaines installées au Qatar, pour tenter de gagner le concours.

– « Aller sur Mars » –

Avant d’en arriver là, il a fallu d’abord fuir Kaboul, embarquer dans un avion qatari dans la panique de l’aéroport, puis demeurer dix jours en quarantaine. Mais ce qui les intéresse désormais, c’est ce composant électronique défectueux du circuit imprimé d’une station météo, qui sera lancée dans les jours à venir. « On a passé une semaine à essayer en vain de le réparer », explique Ayda.

De l’autre côté de la table, la moitié de l’équipe s’active à fabriquer un robot capable de ramasser et lancer des balles, sous la direction de la cheffe d’équipe, Somaya Faroqi, 18 ans.

Loin de son pays, la jeune fille confie sa tristesse: « nous avons perdu nos familles, nos enseignants, notre vie ».

Roya Mahboob, fondatrice d’une société afghane de logiciels, a constitué cette équipe féminine il y a quelques années. En mars, les filles mettaient au point un ventilateur bon marché en pleine pandémie de Covid-19, dans un Afghanistan appauvrie par la guerre et la gabegie.

Aujourd’hui, « nous ne devons pas changer de direction », affirme-t-elle en évoquant les combats à mener dans les prochaines années. Le peuple afghan a beaucoup changé et doit avancer: « nous vivons en 2021. Aujourd’hui les gens, dans d’autres parties du monde, réfléchissent à aller vivre sur Mars », souligne-t-elle.

– « Pas le choix » –

L’éducation « est un droit que Dieu nous a donné », rappelle Roya Mahboob. Et « ceux qui se sont auto-proclamés nos alliés ne devraient pas nous abandonner ». Car si les filles de l’équipe de robotique vivent désormais à Doha en toute sécurité, d’autres n’ont pas pu partir.

« Le consentement et la prudence n’ont jamais changé le monde », estime Roya Mahboob. Mais lorsqu’on lui demande si elle est prête à travailler avec les talibans, elle affiche un regard à la fois désabusé et empreint d’un réalisme à l’état brut. Puis murmure, comme s’il ne fallait pas le dire trop fort: « on n’a pas le choix (…). On ne peut pas sortir tout le monde du pays ».

Au fond du laboratoire, Benjamin Cieslinski, superviseur, salue le « très bon niveau » de ses nouvelles recrues revenues de l’enfer. « Une fois qu’on les a aidées à s’organiser, elles ont tout fait toutes seules », dit-il.

Le rêve d’Ayda a longtemps été d’ouvrir une école de sciences, technologie, ingénierie et mathématiques dans son pays. L’Histoire l’oblige toutefois à changer de projet car aujourd’hui, elle ne dispose d’aucun document prouvant son niveau d’éducation.

Mais sa principale préoccupation reste le sort de celles restées en Afghanistan. En une phrase, elle résume ce mélange insondable d’espoir et de tristesse qui l’anime: « Nous sommes inquiètes pour l’avenir et l’éducation des femmes et des filles. Que va-t-il advenir de l’Afghanistan? ».

« C’est trop dur de voir mon pays dans cette situation. Mais ma famille est heureuse que je sois en sécurité et que je poursuivre mon éducation », se console-t-elle.

Le 24 septembre 2021

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