Dans une exploitation anglaise, la crise de l’énergie fait planer la menace

(AFP)

Le 23 septembre 2021

Dans le paysage idyllique de la campagne anglaise de l’Essex, aux vastes champs parsemés de petits villages, la crise de l’énergie pourrait sembler lointaine. Mais à la Wicks Manor Farm, la menace est bel et bien là.

« Nous avons des réelles inquiétudes » avec des « conséquences qui font peur pour le secteur dans tout le Royaume-Uni et pour notre entreprise ici », explique à l’AFP Fergus Howie, éleveur de porc de 46 ans, peinant à se faire entendre parmi les grognements de ses bêtes.

L’exploitation, située à 80 kilomètres au nord-est de Londres, abrite de milliers de porcs, abattus et vendus sur place, dans des chaînes de supermarchés, restaurants ou à l’exportation. Elle cultive également blé et orge sur près de 1.800 hectares, notamment pour nourrir les bêtes.

Elle se trouve particulièrement exposée à la pénurie d’engrais pour les céréales et de dioxyde de carbone pour l’abattage, dont dépend la fabrication sur place de saucisses, bacon et jambon.

« Il y a beaucoup de problèmes de toutes sortes qui arrivent en même temps », déplore l’agriculteur, soulignant que la situation a créé de « vraies préoccupations » pour l’approvisionnement alimentaire.

Le Royaume-Uni se trouve parmi les pays les plus touchés par la crise causée par l’augmentation des prix du gaz, qui s’est répandue dans de nombreux secteurs de l’économie.

Difficultés d’approvisionnement et augmentation des prix de gros ont conduit deux usines d’engrais – qui fonctionnent au gaz naturel et représentent 60% de l’approvisionnement britannique – à se mettre à l’arrêt la semaine dernière.

Conséquence directe: un risque sur les approvisionnements alimentaires, y compris l’élevage, qui utilise le CO2 pour l’emballage mais aussi l’étourdissement des bêtes avant l’abattage.

– « Que deux usines » –

Le gouvernement britannique a annoncé mardi un accord avec le groupe américain CF Fertilisers, qui exploite les deux sites, pour redémarrer la production de dioxyde de carbone sur l’un d’eux.

Mais l’accord, qui coûtera de l’aveu même du gouvernement peut-être plusieurs dizaines de millions de livres sterling, ne porte que sur trois semaines et ne produira qu’une partie du gaz nécessaire.

« Ca ne va pas exactement faire le poids », souligne M. Howie, dont le grand-père a commencé il y a presque un siècle.

L’importance de ces deux usines pour le secteur et pour l’approvisionnement alimentaire a été une « vraie surprise », poursuit-il: « c’est dingue de voir qu’il n’y a que deux usines et qu’elles sont toutes deux sous capitaux étrangers ».

Manor Wick, qui a ouvert sous sa forme actuelle en 1967, abrite jusqu’à 3.000 porcs, dont 250 truies qui mettent bas toute l’année.

Environ 110 bêtes y sont abattues chaque vendredi, faisant ainsi de la place pour les nouveaux porcelets.

Ce mercredi, 20 enclos abritant des petits cochons sont pleins. Dans cinq semaines, ils déménageront dans les plus grands… s’il y a de la place.

– Bien-être animal –

« Il faut que des porcs partent », explique-t-il, « les problèmes de bien-être pour les bêtes vont devenir assez importants si les abattoirs disent qu’il arrêtent la production parce que ces deux usines ont arrêté » la leur.

Avant la crise du CO2, Howie envoyait déjà 25% de porcs en moins à l’abattoir en raison de manque de personnel chronique dû au « double coup dur » du Brexit et du coronavirus.

Le Royaume-Uni a longtemps trop dépendu de la main-d’oeuvre en provenance d’Europe de l’Est qui disparaît à présent, fait-il remarquer.

L’agriculteur attend du gouvernement à court terme un approvisionnement stable d’engrais et de CO2 avant qu’il ne s’attaque aux problèmes de long terme.

« Il faut qu’on commence à regarder pourquoi on a un approvisionnement alimentaire fragile au Royaume-Uni », explique cet homme de 46 ans, appelant à « investir dans davantage d’usines et des technologies différentes pour ne pas dépendre du gaz naturel » et des importations.

Faute de solution durable, ce père de trois enfants craint pour l’avenir.

« Quand vous dirigez une exploitation familiale qui remonte à trois générations, il y a beaucoup de passion, beaucoup d’implication », souligne-t-il. « On doit s’assurer qu’on a quelque chose qu’on peut transmettre à la prochaine génération, on ne veut pas être ceux qui trébuchent. »

Le 23 septembre 2021

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