Cafés-restaurants: les pourboires versés en CB seront défiscalisés

(AFP)

Le 27 septembre 2021

Les employés des cafés et restaurants verront bientôt leurs pourboires versés par carte bancaire intégrés à leur rémunération sans être fiscalisés, ce qui devrait contribuer à attirer des jeunes dans ce secteur, espère le patronat, sous pression pour améliorer l’attractivité de ces métiers.

« Nous avons décidé que les pourboires payés par carte bleue seraient sans charge pour les employeurs et sans impôts pour les salariés » avec une mise en oeuvre « dans les prochains mois », a annoncé lundi Emmanuel Macron en visitant le Salon international de la restauration, de l’hôtellerie et de l’alimentation (SIRHA) qui s’ouvre à Lyon.

« Cela va permettre d’ajouter au pouvoir d’achat » des salariés du secteur. Cette mesure « ne coûte rien, car aujourd’hui ça ne marche pas », a-il ajouté, « parce qu’on l’a vu en sortie de crise, nos compatriotes utilisent de moins en moins de liquide ».

Pouvoir ajouter le pourboire directement sur l’addition payée par carte bancaire, sans que celui-ci ne soit taxé, va « permettre d’attirer plus de jeunes et de moins jeunes pour leur dire: tu peux gagner plus que le salaire et le bonus que je te verse », a conclu le chef de l’Etat, qui déplore régulièrement les emplois non pourvus dans ce secteur, un casse-tête pour les restaurateurs.

Alors que l’emploi fait partie, avec la lutte contre le Covid et un vaste plan d’investissements, des chantiers prioritaires annoncés par l’exécutif le 10 septembre, à sept mois de la présidentielle, le patronat de l’hôtellerie-restauration qui peine à recruter -comme le bâtiment ou d’autres secteurs-, voit ainsi exaucée l’une de ses demandes, et s’en est promptement félicité.

« C’est quelque chose que nous demandions depuis plusieurs années, beaucoup de pays le font. Cela va inciter les jeunes à venir dans nos métiers, tirer le service vers le haut, et inciter les clients à reconnaître la qualité du service », a déclaré à l’AFP Roland Héguy, président de l’Umih, principale organisation patronale de l’hôtellerie restauration.

– Argent « jusque-là invisible » –

S’il s’agit là d’un « outil de plus » pour renforcer l’attractivité d’un secteur qui emploie au total 1,2 million de salariés, restauration collective comprise, cela n’exempte pas le patronat d’une réflexion sur la façon de « revaloriser (ces) métiers, en améliorant les conditions de travail et les grilles de salaires », juge-t-il.

Selon M. Macron, 110.000 emplois sont à pourvoir dans la restauration, le patronat parlant même de « 150 à 180.000 emplois », sans disposer d’estimation fiable à ce stade.

L’Umih fera « des propositions en ce sens au gouvernement » et a fait de ce sujet le thème de son congrès national à Strasbourg, fin novembre. « Le diagnostic de nos faiblesses est connu, c’est à nous d’y répondre », a conclu M. Heguy, alors qu’après des mois de fermeture des cafés et restaurants dus au confinement en 2020, certains salariés se sont détournés d’un secteur connu pour ses horaires à rallonge, sa pénibilité et ses faibles rémunérations.

Même satisfaction du côté du GNI, syndicat patronal des indépendants de l’hôtellerie restauration, dont le président Didier Chenet a salué une « excellente nouvelle », car « maintenant que tout le monde paie par carte bleue ou via des applications, très souvent on n’a plus de monnaie pour rajouter 3 à 5 euros pour le service », ou encore du président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux.

Pour le restaurateur parisien Stéphane Manigold, à la tête du groupe Eclore, « trouver un logement quand on est salarié dans la restauration dans la capitale est un cauchemar: si vous avez 300 ou 400 euros de plus intégrés à votre rémunération, le banquier, le bailleur vont en tenir compte. Cela augmente la capacité d’endettement, et valorise cet argent jusque là invisible ».

L’hôtellerie-café-restauration fait partie des branches professionnelles qui mènent actuellement des négociations salariales. Selon Nabil Azzouz, secrétaire fédéral FO-FGTA hôtel-cafés-restaurants, cette mesure pourrait « réduire (la) marge de négociation salariale dans la branche », et « ne répond pas aux vrais enjeux qui sont les coupures, les week-ends, le 13ème mois, les salaires ».

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Le 27 septembre 2021

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