Angela Merkel, ou le rendez-vous tardif avec le féminisme

(AFP)

Le 21 septembre 2021

En devenant la première femme chancelière de l’histoire allemande, Angela Merkel a brisé un plafond de verre et s’est hissée parmi les personnalités les plus puissantes de la planète, sans pour autant faire du combat féministe une priorité.

Ce n’est qu’à l’approche de son départ, après 16 ans à la tête du pays, qu’elle ose enfin le dire:

« Je suis féministe », a lâché Mme Merkel, 67 ans, début septembre lors d’une discussion avec l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.

Admettant avoir été « timide » sur ce sujet par le passé, elle a expliqué que sa réflexion avait évolué.

« Sur le principe, (le féminisme consiste) essentiellement à dire que les hommes et les femmes sont égaux, dans le sens d’une participation à la vie sociale, à toute la vie », a-t-elle affirmé.

Cette prise de conscience tardive a toutefois été reçue comme « une gifle » pour les femmes, selon Ines Kappert, directrice de la fondation Gunda Werner, spécialisée dans l’étude du féminisme et le genre.

« Elle a eu 16 ans pour écouter les féministes et améliorer la situation des femmes en Allemagne mais elle a décidé de ne pas le faire », regrette-t-elle auprès de l’AFP.

– Réformes laborieuses –

Si la carrière de Mme Merkel « mérite le respect », elle n’a pas su utiliser son influence pour apporter des changements structurels en faveur des femmes dans la société allemande, selon Mme Klappert.

L’écart de rémunération entre hommes et femmes en Allemagne reste parmi les plus élevés de l’Union européenne, s’élevant à 19% en 2019, en partie parce que de nombreuses Allemandes travaillent toujours à temps partiel.

Les conservateurs du parti de Mme Merkel sont aussi restés sourds aux appels à réformer le système fiscal, favorable aux couples mariés. Celui-ci rend moins attrayant pour le conjoint gagnant le moins, généralement la femme, de travailler à temps plein.

Ce n’est qu’en 2020 que le gouvernement a accepté la mise en place d’un quota obligatoire de femmes dans les conseils d’administration, une réforme poussée par les sociaux-démocrates.

Une loi sur la transparence des salaires entre hommes et femmes n’a été adoptée qu’après de nombreuses tergiversations des conservateurs.

Quant au Bundestag, la chambre basse allemande, il compte aujourd’hui moins de députées qu’au début de l’ère Merkel, baissant de 36% en 2013 à 31% aujourd’hui.

– « Retour de bâton » –

Mme Merkel a grandi dans l’ancienne Allemagne de l’Est communiste, où la gratuité des services de garde d’enfants permettait aux femmes de travailler et où l’égalité des salaires était inscrite dans la Constitution.

Elle a récemment déclaré que c’est grâce à ses études de physique que, fille de pasteur, elle a appris à s’imposer, se rappelant les bousculades pour obtenir une table pendant les expériences.

Pourtant Angela Merkel « a découvert le féminisme tardivement dans son mandat », explique la politologue Sudha David-Wilp, directrice adjointe du German Marshall Fund, qui lui trouve des circonstances atténuantes: « elle avait la tête dans le guidon à résoudre crise après crise ».

La chancelière, connue pour son sang-froid, a su tenir tête à des personnalités aimant établir des rapports de force virils, comme Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump ou Vladimir Poutine.

Sous son mandat, Ursula von der Leyen, son ancienne ministre de la Défense, est devenue la première femme présidente de la Commission européenne. Son actuelle ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, avait brièvement été présentée comme sa dauphine avant plusieurs faux-pas préjudiciables.

Ce n’est « pas assez », estime cependant Mme Kappert pour qui la chancelière aurait dû davantage favoriser l’éclosion de femmes politiques progressistes et féministes.

En conséquence, son parti, la CDU, subit un « retour de bâton patriarcal » qui voit « des hommes super sexistes et conservateurs revenir sur le devant de la scène », estime-t-elle.

Féministe Angela Merkel? « Oui et non », a répondu au magazine Spiegel Alice Schwarzer, figure du féminisme allemand. « Non, parce que je ne pense pas qu’elle soit à l’aise avec le féminisme, en tout cas avec la façon dont elle l’imagine. Mais oui, en acte. Sa vie. Son destin. Son succès ».

En difficulté dans les sondages, le candidat conservateur en course pour lui succéder, Armin Laschet, a récemment déclaré qu’un chancelier pourrait jouer un rôle clé en faveur de l’égalité des sexes, « peut-être un homme plus qu’une femme ».

Le 21 septembre 2021

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