Acculé par des accusations de harcèlement, Activision Blizzard se sépare d’un dirigeant

(AFP)

Le 3 août 2021

L’éditeur américain de jeux vidéo Activision Blizzard, en pleine tempête après avoir été accusé d’avoir laissé s’installer discrimination et harcèlement au sein de l’entreprise, a annoncé mardi un léger remaniement au sein de la direction.

Le responsable de la filiale Blizzard Entertainment, Allen Brack, va quitter le groupe « pour poursuivre de nouvelles opportunités », a indiqué dans une lettre aux employés le directeur des opérations, Daniel Alegre, sans donner plus de justifications.

Il est remplacé avec effet immédiat par Jen Oneal et Mike Ybarra, a-t-il ajouté en mettant en avant le « leadership », « l’empathie » et « le sens inébranlable des responsabilités » des deux nouveaux dirigeants.

M. Brack travaillait depuis 15 ans au sein de l’entreprise et y avait tenu divers rôles de management.

Il était aussi directement nommé dans une plainte déposée fin juillet par une agence de l’Etat de Californie chargée d’enquêter sur les affaires en matière de droit civil, accusant le créateur de blockbuster « Call of Duty » d’avoir laissé s’installer une culture sexiste et toxique.

La direction a initialement cherché à rejeter en bloc les accusations détaillées dans la plainte, déclenchant l’ire de nombreux employés, qui ont signé en masse une pétition et fait grève la semaine dernière. Environ 200 personnes s’étaient aussi rassemblées dans le calme devant le siège de Blizzard Entertainment, à Irvine (Californie) le 28 juillet.

La direction avait dans un premier temps affirmé que les accusations « ne représent(aient) pas l’environnement de travail d’Activision Blizzard aujourd’hui ».

Suite aux vives réactions, elle a promis des mesures immédiates et des licenciements au sein du groupe.

– « Club de garçons » –

L’industrie du jeu vidéo est régulièrement secouée par des scandales, ce secteur étant souvent considéré comme un milieu dominé par une culture d’entreprise masculine, où les dérives sexistes et comportements déplacés sont fréquents.

L’entreprise française Ubisoft a par exemple été éclaboussée l’an dernier par de multiples révélations sur le comportement sexiste et violent de plusieurs de ses cadres.

En plus des accusations de sexisme et discrimination, l’agence californienne à l’origine de l’action en justice reproche à Activision d’avoir échoué à traiter correctement les plaintes transmises par des employés aux ressources humaines ou à des responsables, y compris auprès de M. Brack.

« Un employé s’est plaint auprès (du responsable de Blizzard Entertainment) début 2019 que des membres de l’équipe s’en allaient en raison de harcèlement sexuel et de sexisme », est-il ainsi détaillé dans la plainte.

Dans une lettre envoyée la semaine dernière aux employés, le directeur général Bobby Kotick avait assuré que le groupe allait « immédiatement évaluer les managers et dirigeants de l’entreprise ».

« Toute personne ayant entravé l’intégrité de notre processus d’évaluation des plaintes et de sanctions sera licenciée » car, affirmait-il, « il n’y a de place nulle part dans notre entreprise pour la discrimination, le harcèlement ou le traitement inégal de quelque sorte que ce soit ».

Parmi les autres mesures présentées par le patron d’Activision Blizzard figuraient aussi le recrutement d’un cabinet d’avocats pour évaluer la politique de l’entreprise en matière d’inclusion et la promesse d’embauches plus diversifiées dans l’entreprise.

Les femmes y représentent actuellement environ 20% des salariés.

Les femmes interrogées « ont presque toutes confirmé que travailler pour (Activision) équivalait à évoluer dans un +club de garçons+ », impliquant « invariablement des hommes buvant de l’alcool et soumettant les femmes à du harcèlement sexuel sans conséquences pour eux », détaille encore le texte de la plainte qui avait été déposée le 20 juillet devant la Cour supérieure de Los Angeles.

Le 3 août 2021

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