Sound Energy-ONEE : les détails du contrat qui alimentera les centrales électriques

Après la publication d’un accord de vente de gaz entre Sound Energy et l’ONEE, une source de haut niveau a communiqué à Médias24 tous les détails de ce deal. Dans un premier temps, il permettra de fournir deux centrales électriques, puis, à moyen terme, de satisfaire tous les besoins gaziers du Maroc sans recourir aux importations. Explications d'un expert.

Sound Energy-ONEE : les détails du contrat qui alimentera les centrales électriques

Le 1 décembre 2021 à 18h23

Modifié 1 décembre 2021 à 21h37

Après la publication d’un accord de vente de gaz entre Sound Energy et l’ONEE, une source de haut niveau a communiqué à Médias24 tous les détails de ce deal. Dans un premier temps, il permettra de fournir deux centrales électriques, puis, à moyen terme, de satisfaire tous les besoins gaziers du Maroc sans recourir aux importations. Explications d'un expert.

Après avoir conclu en juillet un premier accord de vente de gaz liquéfié à Afriquia Gaz, Sound Energy s’est engagée, dans le cadre d’un deuxième accord avec l’ONEE, à « produire, traiter et lui livrer chaque année 350 millions de mètres cubes (m3) de gaz, pendant une période de dix ans, avec un volume annuel de prise ou de paiement de 300 millions de m3, en utilisant le Gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui reliait l’Algérie à l’Espagne en traversant le Maroc ». Mais plusieurs questions demeuraient sans réponse.

L’ensemble des protagonistes de l’accord refusent d’en dire plus

Au lendemain de l’annonce de la signature d’un contrat contraignant de vente de gaz pendant dix ans avec l’ONEE pour alimenter deux de ses centrales d’électricité, la société britannique Sound Energy n’a pas souhaité répondre à nos demandes d’éclaircissement concernant cette opération qui va permettre de faire baisser les importations gazières du Maroc et de pallier au récent arrêt du flux algérien, via le gazoduc GME.

Bien que ni l’ONEE ni l’ONHYM, associés privilégiés de Sound Energy, n’aient accepté de nous éclairer sur les termes de ce deal, une source de haut niveau requérant l’anonymat a répondu à toutes nos questions sur cet accord portant sur la vente de gaz issu du gisement de Tendrara.

Précisions sur la terminologie et sur les termes du contrat signé par les deux parties

Sachant que cet accord est soumis à des conditions à remplir sous 90 jours, comme l’octroi de permis nécessaires pour la construction d’installations de gaz, l’approbation de la décision d’investissement par les partenaires et enfin des ministères concernés (Transition énergétique, Développement durable et de l’Économie et des Finances), notre source a d’abord tenu à expliciter la terminologie de certaines expressions utilisées dans l’accord en question.

Ainsi, sur la signification de l’expression « accord contraignant », notre interlocuteur déclare qu’il s’agit simplement d’un accord qui tombe sous le coup du droit commercial marocain, en cas de litige entre les deux parties.

Pour ce qui est de la différence entre l’engagement contractuel de livrer chaque année 350 millions de m3 de gaz à l’ONEE et le volume annuel spécifié de prise ou de paiement de 300 millions de m3, notre source précise que, dans tous les contrats de vente de gaz, il existe une contrainte intitulée « Take or pay », qui correspond à un minimum (300 millionsde M3 pour le cas présent) et un maximum à livrer (350).

« Prochaines étapes, édification d’une station de traitement du gaz extrait et d’un gazoduc de 120 km »

Interrogé sur la nature des installations de gaz qui devront être construites, notre interlocuteur évoque d’abord la construction d’une usine de traitement pour purifier le gaz de Tendrara, puis d’une bretelle de 120 kilomètres qui permettra de raccorder le gisement au gazoduc GME.

Sound Energy va donc forer des puits de développement qui seront raccordés à l’usine centrale, ayant vocation à recueillir le gaz issu du sol pour le mettre aux normes exigées par l’ONEE en éliminant et filtrant toutes les impuretés

Après quoi, ce gaz sera injecté dans les 120 kilomètres du nouveau gazoduc, et enfin dans le gazoduc GME jusqu’aux clients finaux que sont les centrales électriques.

Reste à espérer toutefois que le couloir de branchement, réservé depuis 2017 par SE n’ait pas été empiété par d’autres administrations ou par des projets d’aménagement urbain.

À l’époque, selon notre source, le ministère de l’Intérieur et le département des Eaux et forêts se seraient en effet engagés à le garantir, le temps que les négociations entre les deux parties de l’accord aboutissent.

Concrètement, ce couloir servira à construire un autre gazoduc d’une longueur de 120 kilomètres, correspondant à la distance entre le puits de Tendrara et l’ancien Gazoduc Maghreb-Europe.

« Le bouclage des financements attend toujours les 50 millions de dollars promis par l’ONHYM »

Sur la date de début des travaux de ce mini-gazoduc, notre interlocuteur rappelle qu’ils auraient dû démarrer en 2017, au moment de la confirmation de la découverte gazière de Sound Energy à Tendrara.

« Quoi qu’il en soit,  aujourd’hui il reste une dernière étape à accomplir, qui est le bouclage des financements et, pour cela, l’État, via l’ONHYM, devra obligatoirement contribuer à sa construction à hauteur de 25%. »

En effet, si Sound Energy a réussi à convaincre plusieurs partenaires étrangers d’investir dans ce gazoduc, ces derniers veulent des réponses à 2 questions fondamentales avant de mettre la main à la poche.

La première porte sur le redressement fiscal de Sound Energy, « entreprise qui n’a pas encore réalisé le moindre bénéfice ».

La deuxième se pose en ces termes : « Est-ce que l’ONHYM va oui ou non poser les 25% qu’elle s’était engagée à verser pour construire les installations nécessaires à la commercialisation du gaz découvert dans le puits TE-5 de la concession de Tendrara ? »

« Entre la construction du pipeline de 120 kilomètres et celle de l’infrastructure de Central Processing Facility (usine centrale de traitement du gaz extrait) située à proximité du gisement, qui coûteront au total 200 millions de dollars, la part de l’État prévue et toujours attendue est de 50 millions de dollars », précise notre source, qui estime à environ 100 M$ le coût unitaire de la station de traitement et du même montant pour le raccordement au gazoduc.

« Les travaux des infrastructures nécessaires devraient durer trois ans »

Notre interlocuteur rappelle que c’est seulement après avoir rempli toutes les conditions du contrat, avant le délai de 90 jours, que les travaux de la station et de génie civil du gazoduc pourront enfin démarrer.

« Avec la pandémie qui a gravement impacté la chaîne de construction et logistique nécessaire, avec une explosion des prix du transport par container, il est difficile d’estimer le délai de fin de travaux, d’autant plus que la petite taille du marché marocain ne plaide pas pour un pouvoir important de négociation auprès des fournisseurs internationaux de matériels pour des installations gazières. »

Devant notre insistance, notre source révèle que l’ONHYM avait réclamé à Sound Energy un délai de réalisation de 24 mois, mais qu’en réalité, il faudra compter un minimum de 36 mois de travaux avant de rendre opérationnelles ces installations, alors qu’en Europe ou même aux États-Unis, cela prendrait beaucoup plus de temps.

« Les centrales thermiques pourront commencer à produire de l’électricité avec le gaz de Sound Energy à partir de fin 2024 »

« Pour répondre à votre question, si tout se passe bien, les centrales électriques de l’ONEE de Tahaddart (30 km au sud de Tanger) et de Aïn Beni Mathar (près de Jerada) commenceront à être fournies en gaz par Sound Energy dans trois ans et donc produire de l’électricité à partir de fin 2024 ou début 2025.

En effet, aujourd’hui, sur la base des données publiques portant sur les besoins d’importation de gaz fournies par le ministère de l’Énergie, la demande en énergie gazière sur la décennie 2020-2030, pour produire de l’électricité, est estimée à 300 millions annuels de m3 par année.

Sachant qu’au Maroc, il n’y a que les centrales électriques de Tahaddart et de Aïn Beni Mathar qui fonctionnent au gaz, cela veut par conséquent forcément dire que le gaz de Sound Energy leur est destiné en exclusivité », souligne notre interlocuteur.

« Si on se réfère aux quantités contractuelles à livrer à l’ONEE (300 millions/an pendant dix ans), la capacité du gisement de Tendrara qui est de 9 milliards de m3 est en mesure de livrer ses centrales électriques pendant une durée de trente ans, mais ce n’est bien évidemment pas l’objectif de Sound Energy qui veut multiplier ses clients et les accords commerciaux comme elle l’a déjà fait avec Afriquia Gaz.

« Le Maroc n’a plus besoin des livraisons de gaz algérien »

Sur une éventuelle volonté de la société anglaise de se substituer à terme aux exportations de l’ancien fournisseur algérien, notre source, un peu amusée par la question, nous révèle que Sound Energy le fait déjà.

« Si au départ, ce n’était pas sa stratégie car l’État marocain préférait garder deux options avec un back-up permettant d’éviter de se retrouver tributaire d’un seul fournisseur algérien qui pensait pouvoir profiter de la situation et le mettre à terre, le Maroc a montré qu’il pouvait se passer sans aucun problème des livraisons de l’Algérie.

D’ailleurs, l’actualité a montré que le système de production électrique du Maroc à partir du gaz pouvait se passer sans aucun problème des deux centrales électriques pendant au moins deux ou trois années. »

« Un excès ou un manque d’électricité à l’échelle nationale estimé à 20% des besoins »

« Il faut rappeler que bien avant la fin des livraisons algériennes de gaz via le gazoduc GME (le 31 octobre 2021), le Maroc a déjà été exportateur d’électricité vers l’Espagne, pendant au moins deux années consécutives.

Notamment après la mise en place de la centrale à charbon de Safi, et le travail de remise à niveau au début des années 2010 jusqu’à 2017 où l’on importait 20% de l’électricité du Maroc à partir de l’Espagne.

En réalité, comme nous étions exportateurs d’électricité vers notre voisin ibérique, aujourd’hui le Maroc va, au pire, revenir à la situation précédente en important encore une fois 20% d’électricité d’Espagne.

La nouvelle ministre a d’ailleurs déclaré récemment que le Royaume avait une surcapacité limitée à 20% qui évitera tout tracas d’approvisionnement.

En cas de nécessité, il pourra être assuré par l’Espagne comme ce fut le cas pendant plusieurs années, grâce à leur surcapacité de production d’électricité par le charbon. »

« L’hiver glacé dans l’obscurité n’aura pas eu lieu »

« Si une certaine presse algérienne s’est empressée de prédire voire de souhaiter au Maroc un hiver glacé dans l’obscurité, sans chauffage ni électricité pour s’illuminer, ces gens ne connaissent pas du tout le système électrique marocain, qui est pratiquement autosuffisant à hauteur d’au moins 80% de ses besoins.

En effet, leur grande erreur a été de penser que les logements marocains étaient chauffés, comme en Algérie ou même en Tunisie, avec du gaz de ville, alors que cela n’a jamais été le cas au Maroc. »

« L’Algérie a coupé le GME car ses réserves ne lui permettaient plus de fournir ses petits clients »

« Au final, il est important de préciser que notre pays peut se passer sans problème de délestage du gaz algérien et qu’il n’y aura pas le grand carnage annoncé.

De plus, si l’Algérie a décidé de couper ses livraisons au Maroc, tous les experts gaziers savent que ce n’est pas pour des raisons politiques, mais simplement parce que ce pays a des réserves en fin de vie et une consommation intérieure galopante, qui l’obligent à se débarrasser de ses plus petits clients comme le Maroc », précise notre source pour qui le tour des grands clients, comme le Portugal ou l’Espagne viendra dans moins de 10 ans.

« Un problème d’approvisionnement gazier bientôt dépassé grâce au gisement de Tendrara et aux futures découvertes de Sound Energy »

En réalité, l’Espagne risque de souffrir bien plus que le Maroc car, en s’appuyant trop fortement sur la production d’électricité avec du gaz qui n’était pas cher, elle va devoir faire face aujourd’hui à la flambée des cours internationaux qui va occasionner un prix du kilowatt/heure très élevé.

À la dernière question de savoir si Sound Energy allait régler définitivement le problème d’approvisionnement du Maroc, notre source déclare que ce ne sera pas le cas à court terme, mais qu’à long terme, elle permettra de sauvegarder la résilience du système grâce aux opportunités offertes par les futures découvertes de gaz de la société anglaise qui ne compte pas se limiter au gisement de Tendrara.

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