L’hommage de Driss El Yazami à Michel Tubiana

Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue française des droits de l’Homme et ancien président de l’organisation régionale EuroMed droits, est décédé le 2 octobre. Il a été inhumé le 15 octobre au Père Lachaise à Paris. Ce défenseur des droits humains aimait le Maroc qu’il suivait de près.

Michel Tubiana

L’hommage de Driss El Yazami à Michel Tubiana

Le 21 octobre 2021 à 16h26

Modifié 21 octobre 2021 à 17h12

Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue française des droits de l’Homme et ancien président de l’organisation régionale EuroMed droits, est décédé le 2 octobre. Il a été inhumé le 15 octobre au Père Lachaise à Paris. Ce défenseur des droits humains aimait le Maroc qu’il suivait de près.

Voici le texte de l’oraison prononcée en cette circonstance, par Driss El Yazami, ancien président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH):

« Michel,

Nous voici rassemblés, privés de ta présence qui nous a tous tant marquée.
Nous voici orphelins de tes indignations, de tes colères, de ta tendresse qui savait si bien se dissimuler, derrière une apparence bourrue.
Nous voici punis, privés pour toujours de ton hospitalité sans cesse renouvelée et de ton goût pour l’échange.
« Juste une incise », disais-tu pour reprendre la parole et défendre encore et encore un point de vue.

Michel,

Nous avons cheminé ensemble durant 45 années, depuis ce jour de l’année 1976 où tu es venu à ma rencontre au Maroc. Je vivais dans la clandestinité et tu avais été envoyé par nos amis parisiens Saïd Bouziri, Jean-Jacques de Félice et Henri Leclerc pour préparer une mission d’observation internationale du procès dit de Casablanca de janvier 1977.

Nous avions alors 24 ans et tu embrassais déjà le monde, de la Nouvelle Calédonie au Maroc.
Nous étions sans le savoir liés, à la fois par l’histoire et par l’air du temps.
Frères jumeaux enracinés dans la même histoire longue judéo-musulmane du Maghreb et attachés aux mêmes rêves impossibles, mais têtus, arpentant les mêmes chemins escarpés, généreux et naïfs. Un fil invisible réunissait, alors, les jeunesses dissidentes du monde.

Nous nous sommes retrouvés dix ans, plus tard, à Paris à la Ligue des droits de l’Homme. Et je me rappelle de ce jour aussi comme d’hier. J’étais au secrétariat attendant un rendez-vous que Bernard Wallon m’avait pris avec Yves Jouffa pour discuter de la commission laïcité lorsque tu es arrivé.
Depuis ce jour de l’année 1986, nos chemins ne se sont presque plus séparés. Ou si peu, y compris depuis mon retour au Maroc en 2004.

Auprès de toi Michel, dans ces dizaines et dizaines de réunions du bureau, du comité central et de congrès de la Ligue, à la FIDH, au réseau euroméditerranéen des droits de l’Homme, aux Forums sociaux, dans tous nos voyages, j’ai tant appris.
J’ai appris la ténacité dans les débats, une ténacité qui peut effleurer, parfois, l’entêtement et en faire une qualité.

J’ai appris ce va-et-vient constant, entre l’histoire longue et l’actualité la plus brûlante, la première éclairant la seconde et relativisant la précipitation que l’urgence peut susciter.
J’ai appris qu’il n’y a d’action militante qui vaille qu’alliée à la connaissance et à la lecture, à la fréquentation assidue des textes.
J’ai appris l’attachement ferme aux principes et la nécessaire approche politique de leur mise en œuvre, pas à pas, en tenant compte mais sans compromission des contextes.
J’ai appris le prix de la liberté de pensée et de conscience, l’horreur de la peine de mort, la fraternité à l’égard de l’autre, l’enrichissement qu’apporte un internationalisme sans bornes chauvines.
J’ai aussi appris l’infini plaisir de partager un bon repas –Michel était un bon cuisiner et je crois l’être un peu aussi- et la beauté du verbe, à la tribune d’un congrès ou dans un article.
J’ai appris le plaisir renouvelé de la délibération pluraliste pour aboutir, parfois après d’âpres échanges, au compromis nécessaire. Nous nous sommes tant engueulés, pourrais-je dire.

Michel,

C’est auprès de toi et de nos amis Bertrand Main, Yves Jouffa, Madeleine Rebérioux, Jean-Jacques de Felice, Monique Herold, Jean-Pierre Dubois, Henri Leclerc, Bernard Wallon, Joelle Kauffman, Catherine Teule, Patrick Baudouin, Francis Jacob, François Della Sudda, Roland Kessous, Vincent Rebérioux, Gilles Manceron et tant d’autres ligueurs que j’ai goûté et commencé à apprécier l’unique saveur de l’universalisme et de la fraternité humaine qu’il inspire.

Nous avons tant partagé Michel, mais de tous les souvenirs, il me restera cette semaine passée ensemble à l’American Colony, cet extraordinaire hôtel de Jérusalem, que les frais de mission de la FIDH ne pouvaient supporter et que tu avais tenu à prendre en charge, nos petits déjeuners et nos soirées dans ses jardins, notre virée à Gaza et notre longue, très longue traversée de la frontière entre Gaza et Israël. Je n’ai jamais senti aussi fort que ce jour-là, notre proximité et le sens de nos combats.

Adieu Michel ».

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