En 13 ans d’opposition, le PAM n’a jamais été aussi proche du gouvernement

ANALYSE. Créé pour participer au pouvoir, le PAM, parti perçu comme une création de l’État, n’a jamais été aussi proche de son objectif. Il aura fallu 13 ans pour que la formation politique issue du « Mouvement de tous les démocrates » réalise le rêve de ses fondateurs.

En 13 ans d’opposition, le PAM n’a jamais été aussi proche du gouvernement

Le 21 septembre 2021 à 11h26

Modifié 21 septembre 2021 à 12h37

ANALYSE. Créé pour participer au pouvoir, le PAM, parti perçu comme une création de l’État, n’a jamais été aussi proche de son objectif. Il aura fallu 13 ans pour que la formation politique issue du « Mouvement de tous les démocrates » réalise le rêve de ses fondateurs.

Vendredi 17 septembre fût un jour spécial dans l’histoire du Parti Authenticité et Modernité (PAM). A l’issue de son Conseil national, le parti du tracteur a accepté la proposition du Chef de gouvernement désigné, Aziz Akhannouch, patron du RNI de faire partie de la coalition gouvernementale.

Le RNI est un parti avec lequel il partage beaucoup de « valeurs », ce qui facilitera la coopération et le travail conjoint, selon le communiqué du conseil national du parti qui a tenu une session extraordinaire pour prendre cette décision tant attendue.

C’est finalement le PAM version Abdellatif Ouahbi qui l’a emporté ; un Ouahbi élu à la tête du parti ,il y a un peu plus d’une année seulement, au terme d’un congrès très tendu. Conduire la deuxième force politique du pays, est une énorme réussite pour l’avocat qui a fait ses débuts au cabinet de Me Ahmed Benjeloun, un des fondateurs du Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS).

Le désaccord avec le RNI, c’est du passé

Théoriquement, la participation du PAM, parti « néo administratif », dans un gouvernement dirigé par un autre parti administratif ne constitue pas une grande surprise, les deux partis étant similaires à bien des égards. Pourtant, à la veille des élections, plusieurs observateurs écartaient un tel scénario. Et pour cause : Abellatif Ouahbi, une personnalité conflictuelle, est imprévisible. « Il a un peu du caractère de Benkirane », nous confie un membre du PAM.

En témoignent ses attaques virulentes contre le parti de la colombe et son chef. Au cours de meetings à Berkane à quelques jours des élections, le numéro 1 du PAM déclarait : « Certains tentent de transformer l’article 47 de la Constitution en un article commercial, sujet des transactions financières et commerciales, ce qui remet en question le fondement de la démocratie ». Une attaque réitérée dans une déclaration donnée à l’AFP, où il a accusé le RNI « d’inonder la scène politique avec de l’argent ».

La formation de Aziz Akhannouch a réagi officiellement à ces accusations, rejetant dans un communiqué « ces dangereuses déclarations médiatiques de Abdellatif Ouahbi contre le parti, dans le but de perturber le bon déroulement de la campagne électorale du RNI. »

Ce n’était pas la première attaque contre son adversaire. Quelques mois plus tôt, l’homme avait accusé le RNI d’instrumentaliser la pauvreté en distribuant, à travers sa fondation Joud, des paniers alimentaires aux citoyens démunis pour les inciter à voter pour lui.

Autre facteur qui éloignait jusqu’au 8 septembre le PAM d’une alliance avec le RNI : le nouveau positionnement du parti du tracteur, qui ne faisait plus mystère de son rapprochement avec le PJD. Ouahbi a même laissé entendre qu’une alliance avec son ancien ennemi juré serait possible au prochain gouvernement.

Le 8 septembre, la donne a changé. Avec l’écrasante victoire du RNI, et la déroute du PJD, Ouahbi a dû revoir sa copie. Le chef du PAM, qui s’est d’ailleurs rapidement adapté à la nouvelle situation, a été le premier à appeler Aziz Akhannouch pour le féliciter. Il fait profil bas et ouvre désormais la porte à une participation au gouvernement, laissant entendre à travers le bureau politique qu’il n’y a pas de « lignes rouges » et que le plus important pour le parti est le respect de son programme électoral et de ses grandes orientations, en attendant la rencontre avec le nouveau chef du gouvernement. Un message bien reçu par Akhannouch, qui a envoyé des « signaux positifs » au PAM, lors de sa rencontre avec Ouahbi, lundi 13 septembre, premier jour des consultations.

Pour Mohamed Masbah, chercheur associé au Chatham House, cette guerre médiatique entre les deux partis est essentiellement liée à la compétition entre les deux formations pour le recrutement des notables. « Ce ne sont pas des différends fondamentaux sur les idées ou sur le projet. Il y a toujours eu une certaine compétition entre les partis de l’administration au sujet des élites locales et les notables et le PAM a perdu plus de 20 députés qui se sont présentés sous les couleurs du RNI. Ça crée des tensions bien sûr, mais tout s’oublie ».

Le politologue Ahmed El Bouz relativise aussi l’importance de ces contentieux très vifs entre les deux formations : « Cette logique est peut-être vraie quand il s’agit des partis indépendants qui ont un référentiel, une idéologie, et des lignes rouges. Ce n’est pas le cas du PAM ni du RNI. Leur nature, origine et structure sociologique relèguent ces différends au second plan. C’est le pragmatisme qui l’emporte sur les conflits entre les personnes et le comportement d’Akhannouch et de Ouahbi le lendemain des élections en est la parfaite démonstration. Ils ont rapidement tourné la page, ils savaient ce qu’ils avaient à faire ».

El Bouz considère que ce sont deux partis faits pour s’entendre : « ils ont les mêmes profils, le même discours, les mêmes objectifs, et, le plus important, ils ont la même distance de l’État, ainsi que la même perception de ces choix stratégiques. Ouahbi a peut-être essayé de se démarquer du RNI pendant la campagne électorale, et il a été parfois sévère, mais il a un sens du réalisme, ce qu’on dit pendant la campagne on l’oublie le lendemain des élections. C’est la politique au Maroc, il n’existe pas d’hostilité permanente, l’objectif principal étant de gouverner », avance-t-il.

Une lecture partagée par l’analyste politique Abderahim El Allam pour qui les déclarations de Ouahbi contre le RNI ne peuvent pas être qualifiés de désaccords majeurs. « C’est un discours électoral, rien de plus. Le PAM voulait tirer profit du fait qu’il n’est plus le premier choix de l’État, en accusant le RNI de ce qu’on lui a toujours reproché, se positionnant comme un parti qui s’oppose aux partis d’administration. C’est une tentative d’effacer la mauvaise image qu’il y a dans la mémoire collective mais, logiquement, il est inconcevable que le PAM puisse s’opposer au RNI », explique El Allam.

L’opposition, c’est la mort

Le parti fondé en 2008, a été le principal rival du PJD, notamment lors du dernier scrutin législatif en 2016. Treize ans après sa création, passer une nouvelle législature dans l’opposition risquait de le condamner à une mort certaine.

« Avec le PJD à la tête du gouvernement, être en opposition avait toujours un sens. Mais aujourd’hui, s’opposer à qui et à quoi ? Le nouveau gouvernement appliquera à la lettre et à la virgule les grandes orientations de l’État. Peut-on imaginer le PAM s’opposer au système ? impossible », note El Allam, qui estime que même avec un PJD à la tête du gouvernement, le PAM aurait opté pour la participation : « Ouahbi était clair là-dessus, et l’accord avec El Othmani allait dans ce sens. C’est un parti qui n’est pas fait pour l’opposition, et il s’avère difficile de convaincre les élites et les candidats du PAM d’attendre jusqu’à 2026. Ce sont des profils qui ont une vision simple concernant la manière de faire la politique : c’est rester proche du pouvoir et de l’administration, être dans un parti au gouvernement qui leur offre une certaine protection, étant donné qu’ils ont des intérêts à préserver. »

Mohmed Masbah partage cette analyse : « Attendre 5 ans de plus sans participer au pouvoir, c’est l’équivalent d’une mort clinique pour le parti. Ils n’avaient vraiment pas trop de choix, la survie du PAM dépendait d’une participation gouvernementale, autrement les résultats en 2026 seraient catastrophiques et ils perdraient leurs notables. »

En plus de tous ces facteurs, le PAM n’est plus composé d’un mélange de notables locaux et de gauchistes, les anciens gauchistes qui ont abandonné l’utopie révolutionnaire étant devenus une minorité au sein du parti.

« On peut même dire qu’il n’existe plus de courant gauchiste au PAM, alors que c’est ce genre de profils qu’il faut pour faire de l’opposition, car ils sont capables de donner un sens politique et une utilité à la confrontation», explique El Bouz.

Et de poursuivre : « Ilyass EL Omari a axé son mandat à la tête du parti sur la création de tensions avec un adversaire idéologique, qui est le PJD, un travail confié principalement au clan gauchiste. Ouahbi pour sa part a opté pour une autre stratégie : rétablir la confiance avec les notables. Ces derniers avaient été écartés par Ilyass Omari car ils n’entraient pas dans son projet, contrairement à Ouahbi qui est devenu le chef des notables et qui a fait le choix de les favoriser. Un choix qui a payé lors des élections, les notables étant une machine électorale. Lui-même gauchiste, Ouahbi a compris que les gauchistes n’ont pas de place dans cette version du PAM ».

Ainsi donc, fatigué et essoufflé d’être dans l’opposition, le PAM, qui souffre toujours des conditions de sa naissance, se rapproche de l’un des objectifs de ses fondateurs : gouverner.

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