Au Maroc, la difficile lutte contre la tuberculose des bovins et ses conséquences néfastes

La tuberculose bovine présente un risque pour la santé des citoyens. Un risque qui augmente avec la prolifération du phénomène de colportage du lait frais, constatée ces trois dernières années. Éclairage.

Au Maroc, la difficile lutte contre la tuberculose des bovins et ses conséquences néfastes

Le 21 septembre 2021 à 18h27

Modifié 21 septembre 2021 à 19h14

La tuberculose bovine présente un risque pour la santé des citoyens. Un risque qui augmente avec la prolifération du phénomène de colportage du lait frais, constatée ces trois dernières années. Éclairage.

Le développement du colportage de lait frais augmente le risque lié à la tuberculose bovine. En effet, le lait frais directement consommé, sans aucun traitement thermique, est une menace pour la santé publique, car il peut être un vecteur de maladies transmissibles à l’homme.

Le Maroc, comme de nombreux pays dans le monde, est confronté à la tuberculose bovine. C’est le cas dans les Doukkala par exemple, où le colportage du lait frais s’est énormément développé.

Pour l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires, principal – pour ne pas dire l’unique – responsable du suivi du cheptel atteint de la maladie, le doute n’est plus permis : « La bactérie Mycobacterium bovis peut être transmise à l’Homme, ce qui fait d’elle une zoonose et donc un problème de santé publique. » Et le constat est largement partagé parmi les vétérinaires et autres acteurs de la santé animale.

La transmission de la bactérie peut s’effectuer à travers la consommation de lait frais non pasteurisé, ou de ses dérivés, provenant de bovins infectés et par contact avec des animaux ou leurs tissus atteints.

L’onde de choc a été ressentie, dès les années 1960, avec le lancement de l’importation des bovins laitiers, puis l’intensification des achats à l’étranger de génisses laitières en 1975. Aujourd’hui, la plupart des pays européens sont en bonne voie pour éradiquer la maladie. Et ce, après un demi-siècle de lutte moyennant d’énormes moyens financiers ; mais aussi l’implication effective de tous les intervenants dans le secteur de l’élevage bovin.

Où en est-on au Maroc ?

Certes, des avancées ont été enregistrées surtout en ce qui concerne la législation. En vertu du Dahir portant loi n°1-75-292 du 19 septembre 1977, la tuberculose bovine est déclarée contagieuse pour les humains. Elle est de ce fait une maladie à déclaration obligatoire et nécessite l’application des mesures de police sanitaire vétérinaire, édictées par l’arrêté du ministère de l’Agriculture n°837-13 du 08 mars 2013. Le dernier texte en date est l’arrêté du même département n°02-21 du 5 janvier 2021 (BO. n°6966 du 4 mars 2021).

Compte tenu de son caractère zoonotique, mais également des pertes économiques consécutives aux saisies de viandes et d’abats aux abattoirs, et le cas échéant l’abattage des bêtes, la réglementation a prévu une grille d’indemnisation des éleveurs.

Pour le moment, l’Onssa se garde d’avancer des chiffres quant au degré de prolifération de la maladie. Et pour cause, le dépistage sur le terrain fait défaut. Demeure le constat dans les abattoirs. A ce niveau, le taux de prévalence moyenne est d’environ 1,7%. Mais l’organisme de contrôle reconnaît que « la maladie est répandue dans toutes les régions d’élevage bovin du pays, avec des prévalences variables et orientées à la hausse, selon le mode de conduite des troupeaux et la taille de l’élevage. Sa présence étant plus forte dans les élevages de petite taille (inférieure ou égale à 5 têtes) ».

Le dépistage de la tuberculose bovine se fait par la tuberculination. Celle-ci est effectuée par les vétérinaires publics ou par des vétérinaires privés munis du mandat sanitaire. D’où le constat quasi unanime de nombreux experts du monde de l’élevage : « La lutte contre la tuberculose bovine est un processus à très long terme (plusieurs décennies) ; il est coûteux et nécessite l’implication de tous les intervenants. » Cette situation est due aux caractéristiques intrinsèques de la bactérie, particulièrement résistante en milieu extérieur, et à ses multiples voies de transmission entre les troupeaux, ce qui rend son éradication complexe et laborieuse.

Un programme de lutte progressive basé sur l’adhésion volontaire des éleveurs a été lancé en 2006, dans le cadre d’un partenariat public-privé (Onssa-éleveurs/professionnels). Objectif : améliorer la situation sanitaire des élevages.

Selon l’Onssa, «une réduction de la prévalence a été constatée chez certains adhérents qui s’y sont fortement  impliqués tout en observant le respect strict des mesures décrétées». Le programme s’articule autour de trois axes fondamentaux : le dépistage des bovins tuberculeux, l’abattage des animaux détectés positifs et l’indemnisation des éleveurs concernés.

Mais visiblement, les résultats n’ont pas été à la hauteur des ambitions affichées, pour plusieurs raisons.

« Le dépistage doit être systématiquement accompagné de mesures de protection, notamment l’isolement de l’élevage malade et son abattage« , souligne un docteur vétérinaire et grand éleveur qui a requis l’anonymat. A ses yeux, la lutte contre la maladie est l’affaire de tous : autorités sanitaires, services du ministère de l’Intérieur (gendarmerie, autorités locales), services communaux et éleveurs.

Les taux d’indemnisation posent également problème.

Le prix d’une vache laitière «classe une» est estimé à 27.000 DH, alors que l’indemnisation est de l’ordre de 11.000 DH. Ce qui pousse de nombreux éleveurs à ne pas déclarer la maladie, avec la connivence de certains vétérinaires parfois. « Car qui oserait supporter une perte de trésorerie parmi les petits éleveurs ? », s’interroge notre expert.

Face à ces contraintes, l’Onssa a rectifié le tir. La nouvelle approche cible « le dépistage permanent et sans interruption sous la supervision des vétérinaires de l’Office ». Avec, à la clé, l’encadrement régulier et la fourniture des outils nécessaires pour l’élevage.

L’objectif visé étant de réduire les risques de réintroduction de la maladie au niveau des élevages inscrits au programme de lutte, en vue de se conformer au dernier arrêté du ministère de l’Agriculture.

Pour le moment, « seuls le lait et les produits dérivés issus d’établissements agréés apportent les garanties sanitaires au consommateur », selon l’Onssa.

La grille des indemnisations:

L’article  33 de  l’arrêté n°02-21 du 5 janvier 2021 (B.O. n°6966 du 4 mars 2021, page 522) fixe les indemnités pour chaque bovin abattu. Celles-ci représentent 80% de la perte subie, sans que le montant dépasse le niveau de la grille arrêtée.

Pour les bovins de race pure abattus :

― 17.000 dirhams pour tout bovin âgé de trois ans (4 dents adultes) à sept ans ;

― 14.000 dirhams pour tout bovin âgé de deux ans (2 dents adultes) et de moins de trois ans ;

― 10.000 dirhams pour tout bovin âgé de plus de sept ans ;

― 7.500 dirhams pour tout bovin âgé de moins de deux ans.

 

Pour les bovins de type croisé abattus :

― 11.000 dirhams pour tout bovin âgé de trois ans (4 dents adultes) à sept ans ;

― 7.500 dirhams pour tout bovin âgé de deux ans (2 dents adultes) et de moins de trois ans ;

― 6.500 dirhams pour tout bovin âgé de plus de sept ans ;

― 5.500 dirhams pour tout bovin âgé de moins de deux ans.

 

Pour les bovins de race locale abattus :

― 7.500 dirhams pour tout bovin âgé de trois ans (4 dents adultes) à sept ans ;

― 4.500 dirhams pour tout bovin âgé de deux ans (2 dents adultes) et de moins de trois ans ;

― 4.000 dirhams pour tout bovin âgé de plus de sept ans ;

― 3.500 dirhams pour tout bovin âgé de moins de deux ans.

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