Fin de la contrebande au nord : création d’entreprises et de quelques milliers d’emplois

Un an et demi après la fermeture des postes frontières de Sebta et Melilia, mettant fin à la contrebande en provenance de ces deux villes, l'impact économique positif commence à se faire sentir. Plusieurs produits de contrebande ont disparu du marché. Au moins une dizaine de nouvelles entreprises ont été créées ainsi que quelques milliers d'emplois. Décryptage.

Fin de la contrebande au nord : création d’entreprises et de quelques milliers d’emplois

Le 16 septembre 2021 à 20h14

Modifié 16 septembre 2021 à 20h39

Un an et demi après la fermeture des postes frontières de Sebta et Melilia, mettant fin à la contrebande en provenance de ces deux villes, l'impact économique positif commence à se faire sentir. Plusieurs produits de contrebande ont disparu du marché. Au moins une dizaine de nouvelles entreprises ont été créées ainsi que quelques milliers d'emplois. Décryptage.

Le Maroc a décidé de lutter fermement contre la contrebande, procédant à la fermeture des postes frontières de Sebta et Melilia fin 2019. Cette lutte a eu un impact négatif immédiat sur la population locale tandis que son impact positif, promis, ne fut pas rapidement visible.

Plus d’un an et demi plus tard, qu’en est-il ? Cet impact positif tant attendu par les opérateurs marocains et les citoyens qui vivaient de cette contrebande s’est-il concrétisé ?

Selon l’Administration des douanes et des impôts indirects, les flux de marchandises provenant des deux villes représentent entre 15 et 20 milliards de DH par an, ce qui équivaut à près de 2% du PIB.

Plusieurs produits de contrebande ont disparu du marché marocain

Pour les opérateurs, la fin annoncée de la contrebande, en provenance du nord du royaume était une bonne nouvelle. En ont-ils profité ? Amine Berrada Sounni, PDG de la Compagnie Chérifienne de Chocolat ( Aiguebelle et Tentation) nous explique que « les efforts déployés par les autorités, notamment à travers les mesures mises en place pour Sebta et Mellilia, ont eu un impact positif et ont permis la disparition de plusieurs produits de contrebande du marché ».

« Néanmoins, cet effet a été contrebalancé par une conjoncture difficile marquée par une hausse des importations, des marges de plus en plus réduites, ou encore la flambée des matières premières qui n’a pas été répercutée sur le produit fini… Donc heureusement que ces mesures anti-contrebande avaient été prises sinon cela aurait été catastrophique ! », poursuit-il.

Pour le PDG de la CCC, « les produits de contrebande ont constitué depuis plusieurs décennies, un frein au développement du secteur, mais le problème ne sera résolu que lorsque nous arriverons à bout des circuits parallèles et informels identifiés sur le plan commercial ».

« Un travail est actuellement mené en partenariat avec les pouvoirs publics depuis plusieurs mois, afin de combattre ce fléau et permettre à l’industrie nationale de prendre son élan et de porter haut le drapeau du made in Morocco », nous confie-t-il.

Et d’ajouter, « avec les équipes du Ministère, nous travaillons déjà sur plusieurs solutions concrètes. L’agro-industrie nationale a besoin d’être soutenue par un écosystème fort, notamment sur le volet logistique. Parallèlement, en tant qu’opérateurs économiques, nous devons faire preuve d’engagement et d’innovation pour répondre au mieux à la demande locale et internationale ».

C’est ce que son entreprise a fait par exemple à travers le renforcement de la gamme de produits Mejora « qui est venue combler la demande desservie jusque là par des produits de contrebande, avec tout ce que cela représentait comme danger pour la santé des consommateurs », explique-t-il.

Au moins une dizaine de nouveaux acteurs et des milliers d’emplois

Si l’impact pour les opérateurs semble mesuré, à cause notamment de la conjoncture marquée par la pandémie de la Covid-19, pour les autorités administratives la fin de la contrebande au Nord a été positive et à plus d’un titre.

« Des améliorations notables sont enregistrées sur le volet sanitaire, celui de l’emploi, des recettes de l’État, de la concurrence loyale qui s’opère maintenant de façon normale entre des ex-contrebandiers et les acteurs du formel. Un important pan de personnes opérant dans l’informel sont en effet rentrées dans le formel », résume une source autorisée à l’administration des douanes et des impôts indirects (ADII), chef de file sur ce dossier.

Notre source précise que « toute la marchandise qui rentrait en contrebande, soit ne rentre plus sur le territoire national, soit elle rentre suivant le circuit légal et formel ».

« Des  personnes qui vivaient auparavant de contrebande ont maintenant créé des entreprises et opèrent désormais de façon normale, en important leurs produits légalement. D’ailleurs certains importent les mêmes produits qu’avant. Ils paient les droits de douane. Leurs marchandises se font contrôler notamment par l’ONSSA et le ministère de l’industrie. Il s’agit désormais d’importations tout à fait légale », poursuit notre source.

Cela s’est traduit par « une augmentation des recettes, par une augmentation du nombre d’opérateurs légaux et une amélioration des recettes pour l’État ».  Plus concrètement, on parle de la création d’une dizaine de nouvelles entreprises et de quelques milliers d’emplois.

L’impact social négatif se résorbe

La reconversion de la population locale qui vivait de la contrebande a permis de résorber, en partie, les conséquences négatives de la décision de fermeture des postes frontières. Une dynamique économique non négligeable s’est enclenchée suite à cette décision.

Notre source à l’ADII en donne l’illustration avec le segment de la friperie qui était totalement informel. L’administration des douanes a autorisé quatre entreprises qui emploient actuellement entre 2.000 et 3.000 salariées, nous confie notre source. « Cette marchandise rentre au Maroc en payant les droits de douane sur les importations dont une partie est réexportée à l’étranger et une autre partie s’est effilochée pour faire de la fibre », explique notre source.

Autre exemple, l’installation de trois opérateurs au niveau de la région de Tétouan opérant sur le segment du décorticage des crevettes.  « Un accompagnement ciblé est opéré au niveau des régions de l’oriental et de Tanger-Tétouan Al Hoceima de la part de tous les intervenants pour encourager la création d’entreprises et d’emplois ».

Dans le cadre de cette dynamique, la zone d’activité économique de Fnideq a été lancée pour soutenir cette économie formelle naissante. « Elle va bientôt démarrer. Les entrepôts et les bâtiments sont sortis de terre », nous assure notre source à l’ADII, photos à l’appui.

Cette zone va abriter des locaux pour des porteurs de projets et des entrepôts commerciaux pour les grossistes de Sebta et de Fnideq-M’diq qui travaillaient dans la contrebande.

 

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