Dans le monde rural, une campagne électorale à l’écart du digital

Deux jours avant les trois scrutins, les candidats poursuivent leurs tournées urbaine et rurale pour tenter de convaincre les électeurs. Selon Jawad Ech-Chafadi, président de l’Observatoire de la participation politique, la crise sanitaire censée accélérer la digitalisation de la campagne électorale n’aura pas l’effet escompté auprès de la population rurale.

Dans le monde rural, une campagne électorale à l’écart du digital

Le 6 septembre 2021 à 20h11

Modifié 7 septembre 2021 à 11h36

Deux jours avant les trois scrutins, les candidats poursuivent leurs tournées urbaine et rurale pour tenter de convaincre les électeurs. Selon Jawad Ech-Chafadi, président de l’Observatoire de la participation politique, la crise sanitaire censée accélérer la digitalisation de la campagne électorale n’aura pas l’effet escompté auprès de la population rurale.

Appelés à voter le même jour pour la première fois de l’histoire du Maroc afin d’élire 395 députés et plus de 31.000 élus communaux et régionaux, 18 millions de Marocains, constituant le corps électoral du Royaume, font actuellement l’objet de toutes les attentions des candidats dans le cadre d’une campagne officielle. Celle-ci a démarré le jeudi 26 août et s’étendra jusqu’au mardi 7 septembre à minuit.

Si la campagne digitale bat son plein dans les centres urbains et les petites villes, il en va différemment du monde rural où les partis tentent d’approcher directement les électeurs, malgré un contexte de crise qui interdit les réunions de plus de 25 participants et les grands meetings politiques d’antan.

Le PJD concentre ses candidatures dans les centres urbains

Sollicité par Médias24 pour évoquer les nouveaux moyens de persuasion des candidats, Jawad Ech-Chafadi, qui préside l’Observatoire de la participation politique, précise que la campagne en cours dans le monde rural est surtout menée par les grands partis comme le PAM, le RNI et le PI, sachant que l’assise électorale et l’implantation du PJD n’ont jamais été solides dans le monde rural.

«Depuis 1997 qui correspond aux vrais débuts du PJD dans la compétition politique, la majorité de son électorat a toujours résidé dans les grands centres urbains et absolument pas dans le monde rural, qui est son principal point faible en tant que réservoir électoral, mais aussi pour trouver des candidats», explique Ech-Chafadi.

«Concernant leur manque de candidats aux élections communales et régionales, le directeur de campagne, Abdellah Bouanou a affirmé dimanche 5 septembre que son parti, qui voulait présenter 17.000 candidats au niveau national, n’a pu en rassembler que 8.000 à cause des nombreuses défections dans la ruralité, ‘retournées’ après avoir été achetées par leurs concurrents directs», rapporte le président de l’observatoire. Pour Ech-Chafadi, la compétition dans le monde rural profitera par conséquent surtout au PAM, au RNI et au PI.

« La digitalisation ne profite pas aux régions enclavées »

Concernant l’organisation de la campagne électorale en milieu rural, le président de l’observatoire soutient qu’un grand désordre règne. Le canal digital, censé suppléer aux restrictions frappant les meetings, n’aura pas de véritable impact sur les électeurs en raison d’un taux d’équipement et de connexion inégal selon les régions.

«En dehors des bourgs proches des centres urbains qui peuvent profiter des antennes-relais, de nombreuses petites communes enclavées ne sont pas connectées ou alors très mal, ce qui décourage même les candidats à vouloir communiquer de cette manière», relate Ech-Chafadi.

Il faut rappeler qu’à l’exception des jeunes, le taux d’analphabétisme reste élevé et les habitants n’ont pas de véritable intérêt ni pour Internet ni pour les contenus politiques relatifs à l’actuelle campagne électorale.

« Un outil de communication qui n’apportera pas de voix supplémentaires dans la ruralité »

Le canal digital est davantage un outil de marketing politique qui permet aux candidats de communiquer à posteriori, en mettant en scène leurs tournées électorales. Grâce au montage habile des images collectées, ils affichent leur proximité avec les électeurs de la zone rurale à conquérir.

«Aujourd’hui, malgré la pandémie qui a instauré de nouvelles règles en matière de communication, la digitalisation dans le monde rural n’est pas assez mûre pour espérer rapporter des voix à un candidat, et encore moins faire la différence avec les rassemblements politiques physiques bien plus efficaces», souligne Ech-Chafadi.

En effet, malgré les interdictions de meetings politiques de plus de 25 participants, la campagne électorale se déroule à l’ancienne, notamment dans les souks où les candidats armés de porte-voix discourent en vue de convaincre les électeurs.

Aucun véritable contrôle des réunions clandestines au domicile des influenceurs

A l’image de ce qui se passe dans les centres urbains où chacun a pu constater, sur les réseaux sociaux, que les tournées des candidats dépassaient largement le quota autorisé, la situation est préoccupante en milieu rural, en particulier dans les zones reculées.

«Faute de véritable contrôle des pachas et des caïds pour faire respecter l’obligation de rassemblement avec un nombre maximal de participants, tout devient permis dans la rue et dans les maisons de particuliers», déplore Ech-Chafadi.

«En effet, la plupart des réunions qui rassemblent beaucoup plus que le seuil des 25 participants autorisés se tiennent à l’abri des regards des autorités, dans les domiciles de notables ou d’influenceurs qui profitent de l’absence de contrôle pour réunir des membres de leur famille, amis ou sympathisants», explique Ech-Chafadi. Il précise que ces rassemblements non autorisés ne portent pas sur le programme des candidats.

L’achat de voix, une pratique plus courante dans les campagnes défavorisées

L’objectif des partis engagés dans la campagne électorale est de rassembler un maximum d’influenceurs à même de convaincre les habitants de voter pour leur candidat.

«Pour cela et au regard de l’impossibilité de contrôler toutes ces réunions, certains n’hésitent pas à proposer de rétribuer financièrement les électeurs qui voteront pour le candidat qu’on leur aura désigné à l’avance, regrette Ech-Chafadi. La tentation est d’autant plus grande que les condamnations pénales sont très rares en matière d’achat de voix et que la pauvreté dans la ruralité est un terreau idéal pour perpétuer ces pratiques.»

Le président de l’observatoire ajoute que les habitants des zones enclavées ne s’intéressent pas réellement aux partis politiques et sont, par conséquent, bien moins encartés que dans les centres urbains.

RNI et PAM favoris en milieu rural ?

A l’ultime question portant sur les partis ayant le plus de chances de remporter les scrutins dans les 1.282 communes rurales (contre 256 urbaines), l’expert répond sans hésiter que le RNI et le PAM devraient rééditer ou améliorer leur score électoral de 2015 et 2016 (scrutin régional et communal, puis national).

«Hormis leurs moyens logistiques de persuasion, ce sont en effet ces deux grands partis qui ont présenté le plus de candidats, avec 25.000 pour le RNI d’Akhannouch et 18.000 pour le PAM de Ouahbi. Entre la réforme du mode de calcul du quotient électoral et la suppression du seuil éponyme, il ne devrait pas y avoir de grand écart entre le PJD, l’Istiqlal, le RNI et le PAM », conclut le président de l’Observatoire de la participation politique qui préfère ne pas spéculer sur les favoris au niveau national.

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