L’Algérie annonce une « révision » des relations avec le Maroc

L'escalade verbale se poursuit. Le Maroc est désigné coupable "d'actes hostiles incessants", plus ou moins en rapport avec les derniers incendies et avec deux mouvements kabyles désignés sous l'appellation "terroristes".

Manifestation du hirak en Algérie (photo AFP)

L’Algérie annonce une « révision » des relations avec le Maroc

Le 21 août 2021 à 9h14

Modifié 22 août 2021 à 20h30

L'escalade verbale se poursuit. Le Maroc est désigné coupable "d'actes hostiles incessants", plus ou moins en rapport avec les derniers incendies et avec deux mouvements kabyles désignés sous l'appellation "terroristes".

« Les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie, ont nécessité la révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôles sécuritaires aux frontières Ouest », annonce un communiqué du Haut conseil de la sécurité publié mercredi 19 août 2021 en fin de journée.

La réunion avait été présidée le même jour par le président algérien, avec la participation des responsables militaires et sécuritaires.

La réunion extraordinaire du Haut Conseil de Sécurité était officiellement consacrée « à la situation générale dans le pays suite aux récents événements douloureux et aux actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc et son allié, l’entité sioniste, contre l’Algérie ». Dans les incendies de forêts, comme dans la mort d’un jeune kabyle lynché sous l’accusation d’avoir mis le feu, le communiqué accuse le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) et le mouvement « Rachad ».

« Le Haut conseil de sécurité a décidé, outre la prise en charge des blessés, d’intensifier les efforts des services de sécurité pour l’arrestation du reste des individus impliqués dans les deux crimes, ainsi que tous les membres des deux mouvements terroristes qui menacent la sécurité publique et l’unité nationale, jusqu’à leur éradication totale, notamment le ‘MAK’ qui reçoit le soutien et l’aide de parties étrangères, en tête desquelles le Maroc et l’entité sioniste. Les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie, ont nécessité la révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôle sécuritaire aux frontières Ouest », prise le communiqué.

Le communiqué indique donc que « les actes hostiles (…) ont nécessité la révision des relations » entre les deux pays. Cette formulation ne permet pas de savoir s’il y aura de futures annonces dans le cadre de cette révision.

Le Maroc élevé au rang d’ennemi officiel

Il ne faut pas se tromper: lorsque le président algérien parle et accuse; derrière lui, se profile l’armée. La séquence algérienne actuelle est celle d’un renforcement de la tutelle de l’armée sur l’État. Les tentatives de Bouteflika de prendre de la distance, fussent-elles minimes, vis-à-vis de l’armée, ont échoué.

En Algérie, l’armée garde un statut à part, même si ce statut a connu des hauts et des bas selon les circonstances. Sa mission est inscrite dans la Constitution et elle est large (art. 28): « une mission permanente de sauvegarde de l’indépendance nationale et de défense de la souveraineté nationale ».

Lors de l’indépendance algérienne en 1962, le pouvoir a été confisqué par l’armée. Après la mort de Boumediene, en 1978, l’armée a resserré son étreinte. Entre-temps, en 1975, Boumediene avait créé le problème du Sahara, et 46 ans après, ce dernier pèse comme une épée de Damoclès sur toute la région. Nous avons révélé il y a quelques années, comment Boumediene avait réagi à l’annonce de la Marche Verte et comment il en avait fait un problème personnel, d’après le témoignage de l’un de ses amis proches, Jean Daniel.

En près de 60 ans d’indépendance, l’armée est parvenue à garder sa tutelle sur l’État et pour tout dire, sur une grande partie de la nation. Il y a ici, un enjeu de pouvoir et un enjeu financier pour les dirigeants militaires, comme dans toute situation similaire.

Il est incongru, dans un État moderne, que l’armée joue un rôle aussi décisif dans la conduite des affaires publiques et sur une période aussi longue, sans horizon de temps.

De ce fait, elle a besoin d’avoir une légitimité ou de se construire une légitimité.

Au début, l’armée algérienne a confisqué la lutte pour l’indépendance dont elle s’est déclarée dépositaire. Ensuite, et un peu jusqu’à présent, la France a été désignée comme responsable d’une grande partie des maux. L’insulte suprême c’est « hizb frança » (parti de la France). Aujourd’hui, il semble bien que le Maroc a détrôné la France.

Pour rester tuteurs du pays, les généraux ont besoin d’alimenter la peur et de nourrir la crainte des menaces extérieures contre le pays. C’est cela qui explique ce besoin de haine anti-marocaine, y compris dans les éditos du magazine de l’armée El Djeich. A chaque fois qu’il y a eu des remises en cause du système, à chaque fois que la gouvernance du pays a été contestée, à chaque nouvelle initiative du hirak, la « menace marocaine » a été brandie pour faire taire les contestations. C’est ce qui vient encore une fois de se passer.

EXCLUSIF. Comment Boumediene avait réagi à l’annonce de la Marche Verte

DOCUMENT. Sahara: comment Boumediene a menacé de mettre le feu au Maghreb et au Moyen Orient

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