La chute du dernier bastion de l’Islam politique dans les pays des révolutions arabes

C'est la fin d'une séquence, celle qui a vu l'arrivée au pouvoir de partis fréristes dans plusieurs pays arabes, dans le sillage des printemps arabes. En Tunisie, Ennahdha est tombée et ne reviendra pas au pouvoir de sitôt.

Rached Ghannouchi: game over

La chute du dernier bastion de l’Islam politique dans les pays des révolutions arabes

Le 1 août 2021 à 14h09

Modifié 1 août 2021 à 14h13

C'est la fin d'une séquence, celle qui a vu l'arrivée au pouvoir de partis fréristes dans plusieurs pays arabes, dans le sillage des printemps arabes. En Tunisie, Ennahdha est tombée et ne reviendra pas au pouvoir de sitôt.

Le 25 juillet 2021 dans la soirée, le président Kais Saied gèle les travaux du parlement, lève l’immunité des députés, limoge le chef du gouvernement, se proclame provisoirement président du ministère public et détenteur des pouvoirs exécutif et législatif.

L’avenir politique et économique de la Tunisie comporte certes des inconnues. Mais ce qui est certain, c’est que Kais Saied a mis fin à la domination de l’islam politique en Tunisie, dernier bastion des fréristes dans les pays issus des printemps arabes et a fait tomber leur dernière citadelle, le parti Ennahdha de Rached Ghannouchi.

Selon les sondages, l’initiative de Kais Saied est soutenue par 80% à 87% des Tunisiens. La chute d’Ennahdha a provoqué des scènes de liesse. Hormis le noyaux dur militant, Ennahdha et son chef sont honnis par la population. Dans les sondages de juin dernier, Ghannouchi était la personnalité politique la plus détestée en Tunisie avec 81% des opinions négatives.

Les révolutions arabes avaient amené en 2011 les fréristes dans leurs bagages. Les fréristes ont amené avec eux la mauvaise gestion, la gabegie; la complaisance voire la complicité à l’égard du terrorisme et de l’extrémisme. Des dirigeants d’Ennahdha ou des activistes proches d’elle, avaient appelé ou organisé des départs massifs des jeunes vers les théâtres de combats comme l’Irak et la Syrie. La Tunisie est devenue le premier exportateur d’extrémistes.

Le terrorisme est entré en force dans le pays: soldats égorgés ou massacrés au lance-roquette; opérations terroristes de tous types dans les zones touristiques ou les villes; assassinats de Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi, deux députés violemment anti Ennahdha….

Et comme si cela ne suffisait pas, les Tunisiens ont subi la gestion désastreuse des finances publiques et de l’économie, tandis qu’elle était extrêmement généreuse avec ses bases et avec ses militants qui avaient été emprisonnés sous Benali et sous Bourguiba, à coup d’indemnités et de rappels de salaires. Les caisses de l’Etat ont été ponctionnées à coups de milliards au profit de ces Nahdhaouis.

Comme partout pour les tenants de l’Islam politique, Ennahdha s’est toujours présentée sous le sceau de la pureté et de l’intégrité. En réalité, la corruption s’est répandue et gangrène maintenant le pays. Le parti islamiste a noyauté les principaux secteurs de la vie publique, de la Justice jusqu’aux médias ou au ministère de l’Intérieur. Le parti a fonctionné selon les enseignements fréristes avec pour maître mot la dissimulation. De l’extérieur, ses dirigeants reconnaissaient la démocratie et les droits humains; de l’intérieur, ils avaient créé un appareil secret, une sorte de milice qui espionnait les opposants et les laïcs, et menait des opérations clandestines. A l’occasion, lorsque cela sert leurs intérêts, ils se présentent comme les grands défenseurs de la démocratie.

En Tunisie, en Libye, en Égypte, en Syrie, on a vu l’internationale frériste à l’œuvre. L’absence de toute capacité de gestion; leur double discours; leurs complaisances à l’égard des mouvements violents d’obédience islamiste; leur vision de la femme; l’inexistence de toute notion de temps ; l’incapacité de se projeter dans l’avenir ; la persistance de leurs nostalgies utopiques; leur incompréhension de la notion de modernité; tout cela et d’autres choses encore les a conduits à l’échec le plus retentissant dans la gestion des affaires publiques. Chokri Belaïd les appelait les ennemis de la raison et de l’intelligence. Ils l’ont tué (vidéo)

Historiquement, les fréristes du monde arabe ont excommunié (de takfir) ceux qui ne les suivaient pas et ont cherché à prendre le pouvoir par la force. Puis ils ont compris que cette voie était sans issue. Ils ont alors changé de tactique, et ont essayé d’utiliser la démocratie élective pour s’imposer. Les printemps arabes leur en ont fourni l’occasion.

Notons également que dans les différents pays des printemps arabes, on a assisté à une rivalité ouverte entre d’un côté les Emirats Arabes Unis (voire l’Arabie saoudite) d’un côté; et de l’autre, le Qatar et la Turquie. Les uns soutenant les forces anti-fréristes et les autres soutenant les frères. C’est ce qui s’est passé en Égypte, en Libye et en Tunisie. Les derniers événements tunisiens dont donc une défaite de l’axe Doha-Ankara.

Le modèle marocain est totalement différent.

D’une part, le Maroc ne fait partie d’aucun axe et il est resté à équidistance des uns et des autres.

D’autre part, le PJD a dirigé le gouvernement pendant deux mandats successifs. Il a combattu l’introduction des langues étrangères dans l’enseignement; il a essayé d’imposer un code pénal régressif; il a traîné les pieds pour l’officialisation de l’amazigh; il a essayé de noyauter les médias publics et d’imposer sa propre grille de programmes; il a été complaisant vis-à-vis des mariages des mineures; il a commis des erreurs dans la gestion des politiques publiques… Il n’a pas pu toucher au champ religieux, parce que la commanderie des croyants est entre les mains du Roi.

Si le PJD avait eu carte blanche dans la gestion des affaires publiques, il aurait considérablement transformé le Maroc au cours de ces dix ans et pas dans le sens qu’on croit. Aux prochaines élections, on verra dans quelle mesure les électeurs marocains l’ont compris.

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