La stabilité du Maroc, un impératif pour l’Europe (Institut Montaigne)

La crise sanitaire a contribué à accroître l’instabilité dans les pays du Maghreb, dont la situation sociale était déjà préoccupante. L'Europe doit faire tout son possible pour permettre une évolution favorable de leurs économies, gage de stabilité sociale et donc politique.

La stabilité du Maroc, un impératif pour l’Europe (Institut Montaigne)

Le 31 mai 2021 à 17h05

Modifié 31 mai 2021 à 17h32

La crise sanitaire a contribué à accroître l’instabilité dans les pays du Maghreb, dont la situation sociale était déjà préoccupante. L'Europe doit faire tout son possible pour permettre une évolution favorable de leurs économies, gage de stabilité sociale et donc politique.

C’est ce qui ressort du nouveau rapport élaboré par l’Institut Montaigne, intitulé:« La stabilité du Maghreb, un impératif pour l’Europe ». Ce document de 116 pages s’articule autour de quatre axes principaux. Dans un premier temps, il établit un diagnostic global des rapports entre l’Europe et trois pays du Maghreb, à savoir la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. En second temps, il dresse un état des lieux de leurs modèles économiques, et décrit l’impact économique du Covid, avant de livrer ses recommandations pour sortir de la crise actuelle. Dans le présent article, nous allons nous intéresser aux éléments qui se rapportent au Maroc.

Le « risque » maghrébin est un risque européen

« Le destin de la France et de l’Europe est étroitement lié à celui des pays du Maghreb, du fait des importants flux d’hommes, d’idées, de marchandises, et d’argent entre les deux rives de la Méditerranée », écrit Hakim El Karoui, senior fellow du Tink Tank et auteur du rapport. « Pourtant, l’importance du Maghreb pour l’Europe est largement sous-estimée, et les Européens ne semblent pas avoir intégré le Maroc, l’Algérie et la Tunisie à leur réflexion stratégique globale. Tout en respectant leur souveraineté, l’Europe devrait se donner les moyens de soutenir les économies de ces pays, gages de stabilité sociale et donc politique ».

« Si l’Europe et le Maghreb ont été durement frappés par la crise du Covid-19, ils font face à des situations différentes », souligne-t-il. En effet, contrairement aux Européens, qui sont riches et unis par une même monnaie, les pays du Maghreb font partie des pays à revenus intermédiaires. Ils ne sont pas unis et ont des capacités de création monétaire limitées par la fragilité de leurs économies. « Or, le plan de relance européen de 750 milliards d’euros, destiné à assurer la stabilité de ses membres, n’a pas vocation à profiter à son ‘étranger proche’, dont le Maghreb. Pourtant, compte-tenu de l’imbrication des peuples et des économies, le ‘risque’ maghrébin est un risque européen ».

En effet, la déstabilisation d’un de ces trois pays du fait de la crise, entraînerait des réactions en chaîne indésirables (émigration, influence croissante d’autres puissances). « Il est donc urgent que l’Europe, et notamment l’Italie, l’Espagne et la France, déploient une coopération économique et financière renforcée avec les pays du Maghreb, moralement nécessaire et politiquement utile ».

Le Maroc, un enjeu pour la Chine

« L’Europe considère que le Maghreb fait partie de son pré carré traditionnel et qu’aucune puissance concurrente, voire hostile, ne peut y gagner une influence profonde et durable qui lui permettrait de venir concurrencer l’Europe, voire la gêner ». Or, le Royaume intéresse d’autres grandes puissances étrangères, dont la principale est la Chine.

« Le Maroc est au cœur des intérêts régionaux et internationaux, notamment parce qu’il est un carrefour pour les échanges vers l’Europe comme vers l’Afrique », précise le rapport. « Si les pays d’Europe du Sud demeurent les principaux pourvoyeurs d’IDE au Maroc, en particulier la France (35% des IDE totaux en 2019), le Maroc intéresse de plus en plus la Chine. La diaspora chinoise est relativement importante sur le littoral marocain, le pays regarde de près les implantations logistiques, notamment à Tanger, et exporte beaucoup de biens manufacturés et de matériel au Maroc. Il a aussi construit un partenariat avec le Maroc pendant la crise du Covid-19 (envois de masques, test avancé de vaccins, distribution massive de vaccins chinois, etc) ».

Par ailleurs, « entre 2017 et 2018, les Émirats arabes unis représentent, pour le Maroc, une source dynamique et en progression de flux financiers ». Le pays s’est aussi rapproché des USA, après la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. « La prépondérance traditionnelle de la France tend donc à baisser, au profit d’autres puissances internationales ».

Emploi et éducation, les grands maux du Maroc

Après un diagnostic des relations entre l’UE et le Maroc, le rapport a dressé un portrait de la situation économique et sociale au Royaume. Celle-ci, déjà préoccupante, s’est davantage dégradée avec la crise du Covid.

Le rapport relève ainsi qu’au Maroc, le taux de chômage, notamment chez les jeunes et les femmes demeure important. Les hommes dans la force de l’âge et travaillant dans les secteurs du tourisme et des transports sont également de plus en plus touchés. « Une situation fragile, qui pourrait avoir des conséquences préoccupantes pour l’Europe ».

« Le Maroc souffre d’un taux de chômage important chez les jeunes. Ce problème naît dès l’accès à l’enseignement secondaire qui n’est pas universel, contrairement à l’enseignement primaire, qui est désormais proche de 100% ». Il souffre également « d’une faible proportion de femmes dans la population active, sans doute en raison de leur importance dans les secteurs informels.»

Hakim El Karoui relève par ailleurs des rigidités structurelles, qui persistent et freinent la productivité du pays, ainsi que des rigidités au niveau des prix, des salaires et du marché du travail.

Toutefois, il loue la solidité du secteur bancaire marocain. « Bank Al-Maghrib dispose d’une bonne capacité à maîtriser l’inflation, l’indice des prix à la consommation n’ayant jamais excédé 2% dans les années 2010, permettant de stabiliser le taux de change, et de susciter la confiance des investisseurs étrangers. La vitesse de circulation de la monnaie a fortement diminué au début des années 2000, passant d’un ratio de 1,23 à 0,88 entre 2001 et 2010, avant de se stabiliser à 0,84 depuis quelques années ».

Il ajoute: « malgré les faiblesses intrinsèques de son modèle de croissance, le Maroc a su attirer les capitaux étrangers et bâtir un système financier plus robuste que ses voisins (la Tunisie et l’Algérie, NDLR), permettant de financer investissements publics et déficits courants ».

Le Royaume a également « démontré sa capacité à mobiliser rapidement un grand nombre d’outils de financement, tout en accordant une priorité au soutien aux populations fragiles et à la gestion de l’urgence sanitaire ».

Comment sortir de la crise ?

« Le Maroc a besoin de réformes structurelles profondes et doit faire évoluer son modèle économique pour le rendre plus créateur de richesses et surtout mieux les répartir », estime le rapport.

La mise en place d’un plan de lutte contre la pauvreté s’avère également nécessaire, ainsi que l’amélioration de la productivité, à travers un plan d’investissement orienté vers le secteur secondaire.

Le financement de la modernisation du système de protection sociale et de santé se présente aussi comme un chantier indispensable. « Malgré les efforts entrepris ces dernières années dans le domaine de la santé, la crise sanitaire liée au Covid-19 a montré l’importance d’engager une profonde réforme de la protection sociale au Maroc, visant en premier lieu à en étendre les bénéfices ».

En termes de besoins de financement, le présent rapport projette des scénarios avec deux objectifs: l’absorption du surplus de déficits courants et publics consécutifs à la crise et le financement d’un plan de relance «supplémentaire», permettant de combler une partie de la perte de revenus et d’investissements. Ces projections reposent sur les derniers scénarios macroéconomiques produits par les institutions financières internationales.

Pour le Maroc, « selon les scénarios optimistes, les besoins de financement se situeraient entre 3,5 et 6,5 milliards de dollars, alors qu’ils se situent entre 6 et 11 milliards de dollars selon les scénarios pessimistes, s’il ne dispose pas d’aide des bailleurs internationaux ». Néanmoins, le Royaume « bénéficiant d’une excellente relation avec les bailleurs internationaux, fondée sur la stabilité politique et la capacité institutionnelle à mettre en œuvre de grands projets d’infrastructures, il est probable que les bailleurs contribuent significativement à une accélération sensible de l’effort d’investissement du pays ».

Rappelons que l’Institut Montaigne est une plateforme de réflexion, de propositions et d’expérimentations, créée en 2000 et consacrée aux politiques publiques en France et en Europe.

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