Après le projet de loi sur le cannabis, le PJD est-il isolé ou prisonnier de ses contradictions?

Le PJD a été le seul parti à s’opposer à l’adoption du projet de loi sur le cannabis qui permettra de légaliser une partie de la production nationale à des fins thérapeutiques. Certains analystes avancent que cette posture législative contradictoire et récurrente du 1er parti de la majorité pourrait l’isoler voire décourager ses concurrents de rejoindre sa coalition gouvernementale s’il arrivait premier aux législatives. Un scénario peu crédible pour un éminent analyste pour qui seul le taux de participation décidera des alliances futures.

Après le projet de loi sur le cannabis, le PJD est-il isolé ou prisonnier de ses contradictions?

Le 27 mai 2021 à 18h50

Modifié 27 mai 2021 à 19h18

Le PJD a été le seul parti à s’opposer à l’adoption du projet de loi sur le cannabis qui permettra de légaliser une partie de la production nationale à des fins thérapeutiques. Certains analystes avancent que cette posture législative contradictoire et récurrente du 1er parti de la majorité pourrait l’isoler voire décourager ses concurrents de rejoindre sa coalition gouvernementale s’il arrivait premier aux législatives. Un scénario peu crédible pour un éminent analyste pour qui seul le taux de participation décidera des alliances futures.

Lors du vote, mercredi 26 mai, de la chambre des représentants qui a adopté à la majorité le projet de loi 13-21 sur la légalisation du cannabis à des fins thérapeutiques, 48 députés du PJD se sont opposés à l’adoption de ce texte législatif qui a, pourtant, été initié par le gouvernement que cette formation dirige.

Le PPS profite de l’opposition du PJD pour tirer à vue sur son ancien partenaire

Une aberration dénoncée par Nabil Benabdellah, secrétaire général du PPS, qui n’a pas hésité à qualifier la situation d’absurde et d’incohérente voire d’inacceptable, au niveau constitutionnel et démocratique.

Selon lui, cette position à contre-courant de la pratique de la majorité gouvernementale ne manquera pas d’aggraver la crise de confiance des électeurs, dans l’espace politique durant les prochains scrutins.

Une aberration législative qui s’ajoute à d’autres récentes

En effet, depuis son arrivée aux affaires, il faut rappeler que l’opposition parlementaire du PJD a été récurrente contre l’adoption de plusieurs projets de loi initiés par son gouvernement qu’il est censé diriger, aussi bien d’ordre sociétal (code pénal, libertés individuelles, amazigh) que politique (quotient électoral..).

Il apparaît donc de plus en plus solitaire dans l’échiquier politique, voire isolé. Au bout de deux mandats à la primature, le parti a suscité un désenchantement certain et on a bien vu les limites de sa gestion des affaires publiques, malgré des réussites dans certains domaines ou certaines communes.

« La faiblesse du leadership du PJD explique le vote contradictoire au parlement »

L’occasion d’interroger un éminent politologue, qui a requis l’anonymat, pour savoir si cette pratique législative contradictoire pourrait avoir d’éventuelles conséquences électorales pour le parti de la lampe.

À la question de savoir si le PJD ne partait pas isoler aux prochaines élections, notre source préfère plutôt évoquer la faiblesse de son leadership avec un chef du gouvernement qui a des difficultés à contrôler son propre appareil et qui est incapable de dissocier l’action politique et l’action idéologiste de son parti.

Abdelilah Benkirane instrumentalise le MUR aux dépens du SG du PJD

« Cela s’explique d’une part par la variable Abdelillah Benkirane qui est importante dans le jeu politique du parti et d’autre part par une deuxième beaucoup plus forte qui concerne le rapport entre le MUR (mouvement de l’unicité et de la réforme) et le PJD.

« En effet, l’ancien secrétaire général du parti de la lampe a réussi à instrumentaliser le MUR, qui a un pouvoir très important au sein du parti, en faisant prévaloir la dimension idéologique sur la dimension politique, alors que la légalisation partielle du cannabis n’a absolument rien d’idéologique.

« Du coup, on voit des incohérences ressortir sur ce projet de loi alors qu’il n’y a ni logique politique ni logique religieuse, surtout quand on sait que le cannabis ne fait pas partie des choses interdites par l’Islam.

« L’éthique de conviction du MUR à l’origine des incohérences législatives »

« On est sur une sorte d’éthique de conviction de la Daawa (l’appel à l’Islam, prédication) encore très forte au sein du PJD, qui montre un manque d’évolution avec une logique politique encore assez faible qui n’arrive pas à s’imposer.

« Le décalage reste énorme entre les prédicateurs et les technocrates du parti qui n’ont pas réussi à imposer le vote du projet de loi au parlement parce que ces derniers n’arrivent toujours pas à avoir la main sur ce type de dossier avec Benkirane qui continue d’utiliser  l’influence de la matrice idéologique du PJD.

L’influence de la mâtrice idéologique prend le pas sur les réformes politiques

« Dans la configuration actuelle qui crée des incohérences législatives, c’est donc l’influence importante du MUR qui prend le pas sur le parti institutionnalisé où la logique de conviction devient extrêmement présente même si elle n’est pas défendable, d’un point de vue rationnel.

« En effet, il est inconcevable qu’un chef de gouvernement vote contre une loi qu’il présente lui-même », précise notre interlocuteur pour qui Benkirane est le seul responsable de l’opposition au projet de loi.

« Les autres partis qui votent aussi en fonction de leurs intérêts ne sont pas exempts de reproches »

Interrogé sur des précédents où le PJD s’était opposé à des réformes initiées par son propre gouvernement comme celle du code pénal, notre source a rappelé que l’Istiqlal était également contre et que sur le dossier de l’Amazigh, les autres partis n’étaient pas exempts de reproches avec une position très ambiguë.

« Sur la réforme du quotient électoral où le PJD avait été le seul parti marocain à voter contre, c’est simplement parce qu’il était le grand perdant de cette réforme électorale qui va lui coûter des sièges.

« C’est donc une posture rationnelle que l’on ne peut pas lui reprocher d’autant plus que le PAM qui avait aussi beaucoup à perdre n’a finalement pas voulu jouer le jeu aux côtés du PJD », tempère le politologue pour qui le PJD n’est pas seul à faire preuve de contradiction, au moment de voter certains projets de loi.

 « L’électorat du PJD ne tiendra pas compte de sa pratique législative contradictoire »

À la question de savoir si le fait de ne pas voter ses propres lois risquait de pénaliser le PJD lors des prochaines négociations gouvernementales avec des partis concurrents qui allaient lui tourner le dos, notre analyste avance que tout dépendra du taux de participation.

« Dans le cas d’une forte participation électorale, il aura sûrement moins d’opportunités de mener une coalition gouvernementale mais si ce n’est pas le cas, il aura peut-être des problèmes dans le Nord où il n’a déjà pas beaucoup d’électeurs mais au niveau national sa base électorale continuera à voter pour lui.

« En effet, son électorat qui est très fidèle se moque du projet de loi sur le cannabis et d’ailleurs la majorité des partis politiques du Maroc sont souvent plus conservateurs que le PJD sur les choix de société.

« En effet, s’il y a une distinction à faire entre les élections locales et nationales, ce n’est certainement pas sur ce genre de questions sociétales ou même sur l’usure du pouvoir que le résultat final se jouera », estime notre expert qui ajoute que si la participation est similaire à celle de 2016, le PJD garde toutes ses chances avec ses 1,3 million d’électeurs, mais en cas de forte participation, il sera sûrement en difficulté.

« Même isolé, le parti de la lampe garde toutes ses chances »

« Sachant que les élections se jouent sur 5 millions d’électeurs, soit une base très réduite par rapport au 17 millions de votants potentiels, il n’y a donc aucune certitude sur l’impact éventuel de la pratique législative contradictoire du PJD auprès de sa propre base électorale qui lui restera très fidèle.

« Encore une fois, si le scrutin se joue sur les 5 millions habituels, il ne devrait pas y avoir de véritable impact mais s’il y a une véritable mobilisation électorale, il est évident que les choses seront différentes.

« A moins d’un raz-de-marée électoral, le PJD garde donc les mêmes chances que ses concurrents comme le RNI qui s’est fortement mobilisé avec un programme précis, l’Istiqlal qui a une machine électorale forte en ordre de bataille après sa crise interne et bien sûr le PAM qui a une force de frappe notabiliaire.

« La seule incertitude concerne l’USFP et les autres partis d’appoint (PPS, MP, UC) qui amélioreront peut-être leur score grâce à la réforme du quotient électoral et pourront jouer sur la dynamique parlementaire », avance l’analyste pour qui tout devrait se jouer sur la capacité à mobiliser l’électorat.

« Les futures alliances dépendront du socle programmatique ou simplement opportuniste »

A la question de savoir si le parti de la lampe trouvera des partenaires avec qui s’allier après les élections législatives, notre expert pense que tout dépendra de la manière dont sera construite la future coalition.

« Si on l’a construit comme avant, c’est-à-dire sans convergence programmatique, il n’y aura aucun problème mais si on doit la construire sur un programme de gouvernement commun sur des engagements très précis, la situation sera différente car le PJD devra alors clarifier ses positions sur plusieurs sujets.

« Ainsi, si tout le monde joue le jeu avec des grands choix de société, les alliances seront compliquées mais si on fait comme d’habitude avec 70% des partis qui escamotent ces questions avec des positions ambiguës, cela se jouera plus sur le nombre de kilomètres parcourus par les leaders lors de la campagne électorale », conclut notre analyste en précisant qu’à ce jour, il n’y a aucune certitude sur le futur gagnant, sauf qu’il fera certainement partie d’un des quatre ou cinq grands partis politiques du Maroc.

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