Centres de transfusion sanguine: Moins de donneurs, moins d’argent et moins de ressources humaines (rapport)

Déficit en moyens humains et matériels, baisse des ressources financières, et baisse des réserves de sang. Ce sont les principaux éléments relevés par le rapport de la mission exploratoire temporaire sur le centre national et centre régional de transfusion sanguine de Rabat, et des services de transfusion sanguine au CHU de Fès.

Centres de transfusion sanguine: Moins de donneurs, moins d’argent et moins de ressources humaines (rapport)

Le 26 mai 2021 à 19h43

Modifié 26 mai 2021 à 20h18

Déficit en moyens humains et matériels, baisse des ressources financières, et baisse des réserves de sang. Ce sont les principaux éléments relevés par le rapport de la mission exploratoire temporaire sur le centre national et centre régional de transfusion sanguine de Rabat, et des services de transfusion sanguine au CHU de Fès.

Ce rapport, dont Médias 24 détient copie, a été présenté mardi 25 mai devant la Commission parlementaire des secteurs sociaux. Il s’agit d’un diagnostic du secteur, à l’issue duquel des recommandations ont été émises pour le mettre à niveau.

Au total, ce rapport comprend huit volets. Il s’agit de l’évaluation des moyens humains et techniques du secteur, la formation continue des professionnels de la santé, les indicateurs relatifs au don de sang, la qualité du sang, la production des médicaments dérivés sanguins, les ressources financières et la gouvernance.

Un déficit en moyens humains estimé à plus de 30%

Les centres de transfusion sanguine au Maroc emploient au total 391 professionnels de la santé (médecins, infirmiers, et personnel administratif). Afin d’améliorer leur rendement, le besoin s’élève, selon le rapport, à 183 employés, toutes catégories confondues. Le déficit s’établit ainsi à 32%.

Environ 60% de ces employés, en particulier les médecins et infirmiers, s’approchent de l’âge de la retraite. Seuls 10% sont âgés de moins de 30 ans.

Le rapport épingle également un problème de formation continue. Cela est notamment dû à la demande croissante de sang et de ses dérivés, le développement du système de transfusion sanguine suite à la multiplication des centres régionaux (18) et des banques de sang (32), le développement des techniques de collecte et de distribution de sang par le CNTS, ainsi que l’expansion de son activité pour inclure la production de médicaments dérivés sanguins.

Il note aussi l’absence de branches de spécialisation en transfusion sanguine dans les facultés marocaines de médecine et les centres de formation d’infirmiers.

Quant à l’indemnisation, les employés de ces centres travaillent toute la semaine, en plus des gardes effectuées le soir et les weekends, sans être indemnisés ni sur la garde ni sur le rendement.

Il a donc été recommandé de :

-Employer un nombre suffisant de personnes pour combler le déficit actuel, tout en tenant compte de celles qui devraient bientôt prendre leur retraite ;

-Mettre en place un système d’indemnisation sur les gardes effectuées le soir et le weekend, ainsi qu’une indemnisation sur le rendement ;

-Programmer des formations continues au profit des professionnels de la santé pour accompagner l’évolution scientifique et médicale ;

-Créer, au niveau des facultés de médecine et des centres de formation d’infirmiers, des branches de spécialisation en transfusion sanguine.

Baisse des ressources financières depuis 2016

Le centre national de transfusion sanguine souffre, depuis 2016, d’une baisse des ressources financières, suite à la hausse des dépenses. Cette hausse s’explique premièrement par l’importance des dépenses d’investissement, notamment avec l’automatisation des techniques transfusionnelles et la gestion informatique de sang.

Les autres éléments qui expliquent cette situation sont l’augmentation du nombre des donneurs d’une part, (plus de 81.417 personnes entre 2010 et 2016), qui a engendré une hausse conséquente des dépenses liées au traitement du sang et la hausse de la consommation de sang, au niveau des centres relevant des hôpitaux d’une autre part, sans que ces derniers ne remboursent leurs factures. « Les sommes non versées par les hôpitaux au profit du CNTS s’élèvent à 9 millions de DH en 2016 », précise le rapport.

Quant à la baisse des ressources financières, elle s’explique principalement par la baisse de 50% des ventes de médicaments dérivés sanguins produits par le CNTS, en raison de la concurrence déloyale avec les sociétés privées. « Le ministère de la Santé lance des appels d’offres auxquels le CNTS ne peut soumissionner. Les achats se font donc auprès des sociétés privées, qui importent ces médicaments de l’étranger à des prix beaucoup plus élevés (voire le double) que ceux proposés par le centre. Ce qui induit un gaspillage non justifié des ressources de l’Etat ».

Les membres de cette mission appellent ainsi à revoir la gouvernance du système de transfusion sanguine, avec une révision de la forme juridique du CNTS. Ils appellent également au recouvrement des dettes des hôpitaux.

Ces membres recommandent aussi au ministère d’autoriser le Centre nationale à participer aux appels d’offres lancées pour s’approvisionner en médicaments dérivés sanguins, d’autant plus que ceux fabriqués au Maroc correspondent plus à la population marocaine. La fabrication de ce type de médicaments doit également être développée au Royaume, ce qui permettra au CNTS d’atteindre l’autosuffisance, mais aussi d’en exporter à l’étranger.

Le nombre de donneurs en amélioration, les réserves en baisse en été

Sur le volet relatif aux dons de sang, le rapport note une amélioration du nombre de donneurs de sang au Maroc. En 2018, le pays comptait 9,3 donneurs par 1.000 habitants, contre 5,6/1.000 hab en 2012. Les donneurs volontaires sont également passés de 65% à 95%.

Le Royaume reste toutefois loin des niveaux enregistrés dans les pays riches (36,8/1.000 hab), et les pays à revenu moyen (11,7/1.000 hab). Il y a également une grande disparité entre les villes, ce qui a permis à la commission de classer les centres régionaux de transfusion sanguine en quatre catégories :

– Les centres ayant enregistré une évolution importante du nombre de donneurs entre 2016 et 2017 : Meknès (+22%) et El Jadida (+17%) ;

– Les centres ayant enregistré une évolution moyenne, allant de +2 à +6% : Agadir, Ouarzazat, Marrakech, Tétouan et Safi ;

– Les centres ayant enregistré une faible évolution (moins de 1%): Casablanca, Rabat et Beni Mellal ;

– Les centres ayant enregistré une évolution négative: El Hoceima (-20%), Fès (-10%), Laâyoune, Tanger et Errachidia.

Quant au stock de sang, des baisses drastiques sont annuellement enregistrées entre la 25e et la 40e semaine, qui coïncident avec la période estivale. Ce qui peut engendrer des situations critiques, d’autant plus que la demande augmente en cette période de l’année, principalement en raison de la hausse des accidents sur la route.

Le rapport note, par ailleurs, que la qualité du sang dans les différents centres du Royaume est bonne, malgré les moyens humains et techniques limités.

La commission appelle ainsi à mener des enquêtes au niveau des centres enregistrant un faible nombre de donneurs afin d’en comprendre les raisons. Une autre enquête doit être réalisée pour comprendre les raisons de la baisse drastique des réserves en été.

Par ailleurs, elle recommande la mise en place d’une stratégie de suivi et de contrôle continue du stock de sang au niveau de toutes les régions, d’une stratégie de sensibilisation au don de sang, et d’établir un guide pour rationaliser l’usage de sang et éviter le gaspillage.

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