Nouvelles technologies dans l’agriculture: le Maroc est en retard (experts)

Face à l'accroissement démographique et au changement climatique, le secteur agricole est sous pression pour produire plus et mieux. Cette pression est accentuée par l'évolution des attentes des consommateurs, de plus en plus sensibles aux enjeux de nutrition et d'impact environnemental et social. Mais elle peut être atténuée grâce à différentes solutions technologiques. Comment alors les nouvelles technologies peuvent être au service de ce secteur ? Réponses d’experts.

Nouvelles technologies dans l’agriculture: le Maroc est en retard (experts)

Le 5 mai 2021 à 17h24

Modifié 6 mai 2021 à 10h40

Face à l'accroissement démographique et au changement climatique, le secteur agricole est sous pression pour produire plus et mieux. Cette pression est accentuée par l'évolution des attentes des consommateurs, de plus en plus sensibles aux enjeux de nutrition et d'impact environnemental et social. Mais elle peut être atténuée grâce à différentes solutions technologiques. Comment alors les nouvelles technologies peuvent être au service de ce secteur ? Réponses d’experts.

Le rôle des nouvelles technologies dans le secteur agricole a été abordé ce mercredi 5 mai lors d’un webinaire organisé par Impact Lab, autour du thème « AgriTech: le futur de l’agriculture au Maroc ».

L’évènement a connu la participation de Mouhsine Lakhdissi, co-fondateur et CTO d’Agridata Consulting, Kenza Barrada, entrepreneure spécialisée en développement de l’humain et des organisations, Hamza Rkha, fondateur de Sowit, et Faissal Sehbaoui, directeur général d’AgriEdge.

Ces intervenants ont dressé l’état des lieux du secteur, listé ses enjeux, et présenté les différentes solutions offertes par les nouvelles technologies pour faire de l’agriculture nationale une agriculture performante.

Agriculture et nouvelles technologies: où en est le Maroc?

La réponse est unanime: les nouvelles technologies dans l’agriculture sont en train de se développer au niveau international. Enormément de pratiques intéressantes s’installent, mais au Maroc, on est encore en retard sur ce sujet.

« Il y a une émergence de la technologie au niveau international, notamment tout ce qui est en relation avec l’optimisation des ressources, l’intelligence artificielle, la robotique, et la collecte de données », estime M. Lakhdissi.

« L’agriculture est aujourd’hui un des secteurs vitaux, puisqu’on est à une échéance assez critique en termes de démographie. En 2050, la planète abritera plus de 9 milliards de personnes. On n’a donc aucun autre choix que de développer ce secteur. Au niveau mondial, de nombreuses startups ont été créées dans ce sens, pour proposer des solutions qui permettent notamment le traitement des maladies des plantes, ainsi que de quantifier la rentabilité et la productivité des terres ».

« Au Maroc, je trouve que du travail a été fait ces cinq dernières années, au sein du gouvernement, des interprofessions et des startups pour améliorer le secteur agricole. Egalement, avec la stratégie Génération Green, il y a un ensemble d’ambitions affichées, mais est-ce qu’elles seront accomplies? Le gouvernement ambitionne de faire de l’agriculture nationale une agriculture performante, en optimisant l’utilisation des ressources, notamment l’eau». En effet, la problématique de la rareté de l’eau se fait de plus en plus sentir, avec la succession des années de sécheresse.

« Le pays s’étend sur une grande superficie et dispose de beaucoup de terres agricoles. Nous sommes donc dans l’obligation de rendre l’agriculture plus performante. Et pour ce faire, plusieurs techniques et technologies peuvent être utilisées ».

Principaux défis du secteur

D’après M. Sehbaoui, le secteur agricole au Maroc est confronté à quatre principaux défis, dont le premier est un défi démographique, confirmant ainsi les propos de Mouhsine Lakhdissi. « La population mondiale s’élèvera à plus de 9 milliards d’habitants en 2050, qu’on doit nourrir et loger. Cela dit, il faut produire plus, avec moins de surfaces, puisqu’une grande superficie sera dédiée au logement de cette population ». Cette équation peut être résolue grâce « aux nouvelles technologies, qui permettent d’apporter à l’agriculteur des informations cruciales afin de gérer de manière optimale sa parcelle agricole ».

« Prenons le cycle de production. La première décision à prendre par l’agriculteur est la date de démarrage de la saison agricole et des semis. Des études ont montré que si on rate cette date optimale de deux semaines, la production est impactée à hauteur de 5%. Elle est donc importante, et peut facilement être déterminée par les nouvelles technologies. »

« Lorsqu’il avance dans la saison agricole, l’agriculteur a recours aux engrais, qui sont certes très importants mais qui doivent être utilisés avec modération. Si on en utilise beaucoup, outre l’impact environnemental, la terre devient moins productive par la suite. Et si on en utilise une petite quantité, la production sera moindre. Pour déterminer la quantité optimale d’engrais et la date de leur usage, l’agriculteur peut avoir recours aux drones et à des images satellites ».

« Pour les agriculteurs qui ont des systèmes d’irrigation, la question qu’ils se posent souvent est relative à la quantité d’eau à apporter. Trop d’eau fait suffoquer la plante et pas assez d’eau impacte négativement la saison agricole. Ainsi, grâce à des capteurs, l’agriculteur peut connaître à quel moment il doit apporter l’eau à sa culture, ainsi que la quantité nécessaire ».

« A la fin du cycle de production, la date de récolte est très importante à déterminer pour avoir une production optimale, chose rendue facile avec les nouvelles technologies. Celles-ci permettent ainsi à l’agriculteur de prendre les meilleures décisions au niveau de chaque étape de la saison agricole, pour augmenter la production de manière durable ».

Le second défi du secteur, toujours selon le même intervenant, est relatif la rareté des ressources naturelles. « Le secteur agricole est le premier consommateur d’eau. Le fait d’utiliser des capteurs déterminant le besoin de la plante en eau permettra de préserver cette ressource naturelle stratégique ».

Le changement climatique en est le troisième. « L’agriculteur s’appuie beaucoup sur son savoir ancestral, et la façon dont il cultive son blé par exemple est répétitive. Il reste sur les mêmes dates de semis, quantités d’engrais et apports en eau. Mais ce métier, qui est assez difficile à la base, devient de plus en plus compliqué avec le changement climatique, dont les données doivent être intégrées dans la prise de décision au sein de chaque parcelle ».

Enfin, le 4e défi relevé par M. Sehbaoui est celui du renouvellement des générations. « Une problématique qui concerne plus les petits agriculteurs, où le métier se fait par héritage, et le savoir-faire passe de père en fils. Les nouvelles technologies peuvent contribuer à assurer ce renouvellement, en tenant compte des contraintes des nouvelles générations, telles que l’incapacité de se retrouver sur place. Il existe des solutions qui permettent à chaque agriculteur de superviser sa parcelle à distance, et rendre rentable sa petite culture. »

Quid des solutions qui existent sur le marché marocain?

Lors de son intervention, le co-fondateur d’Agridata Consulting a listé un ensemble de solutions technologiques déjà utilisées au Maroc, mais à petite échelle.

Il s’agit notamment de la « technologie de gestion, à travers un système ERP, permettant de gérer les ressources agricoles (énergétiques, intrants, eau…) et donc, une meilleure optimisation des ressources ».

« Il y a également des capteurs, que certains acteurs ont déjà commencé à utiliser. On n’est pas encore dans l’agriculture de précision, mais on commence déjà à capter des informations sur les exploitations équipées ».

« Les drones peuvent aussi être utilisés pour capturer des images, collecter des informations pour estimer les récoltes, ou encore localiser les maladies pour choisir les traitements adéquats ». M. Lakhdissi cite également « la blockchain, pour une traçabilité de bout en bout, la robotique et les Market places, dans le but de fluidifier le contact entre l’agriculteur et le consommateur ».

«  Globalement, ce sont des technologies qui existent aujourd’hui au Maroc, mais des efforts doivent être faits pour les généraliser. Un échange fluide des données entre les agriculteurs permettra de garantir une interopérabilité entre les acteurs du secteur et d’optimiser l’usage des ressources. Le besoin en termes de technologie est important pour toute la chaîne agricole, notamment l’agro-industrie, l’export… ».

Les nouvelles technologies plus accessibles aux grands agriculteurs?

« Tous les agriculteurs peuvent accéder aux nouvelles technologies » estime M. Lakhdissi, « mais les petits agriculteurs n’ont pas le même niveau d’accès à la technologie, pour de nombreuses raisons, notamment le niveau d’inclusion rurale, les freins par rapport à l’accès à la connexion, ainsi que les problèmes financiers ».

« C’est donc à l’Etat et aux grands acteurs du secteur de travailler ensemble et d’intégrer cette petite agriculture dans le champ technologique. C’est dans l’intérêt de tout le monde, notamment les grands agriculteurs, dans la mesure où ils peuvent avoir des informations sur tout l’écosystème, l’Etat pour suivre le secteur, ainsi que les autres acteurs tels que les banques, assurances, instituts de recherche et autres… ».

Par ailleurs, « des mécanismes de subvention doivent aussi être mis en place, dans le but d’ériger l’AgritTech comme priorité stratégique au Maroc. Nous avons la compétence technique et technologique, ainsi qu’une histoire de savoir-faire agricole. On peut vraiment viser grand et être un modèle au niveau international », conclut-il.

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