On raconte que (saison 2, IV): Comment le Maroc a-t-il échappé à la domination ottomane ?

Est-ce que l’Empire ottoman a vraiment essayé de soumettre le Maroc ? Ou s’agit-il une nouvelle fois d’un mythe visant à réconforter l’égo national ? Pour répondre à ces questions, en apparence simple, il faut remonter au début de l’époque moderne.

On raconte que (saison 2, IV): Comment le Maroc a-t-il échappé à la domination ottomane ?

Le 3 mai 2021 à 11h59

Modifié 3 mai 2021 à 13h39

Est-ce que l’Empire ottoman a vraiment essayé de soumettre le Maroc ? Ou s’agit-il une nouvelle fois d’un mythe visant à réconforter l’égo national ? Pour répondre à ces questions, en apparence simple, il faut remonter au début de l’époque moderne.

>De la division à l’unité

Le Maroc est, au début du XVIe siècle, un pays divisé et en proie aux appétits ibériques. C’est dans ce contexte de crise que l’Empire ottoman fait son apparition comme une nouvelle puissance régionale.

Après avoir mis la main sur le nord de l’Algérie actuelle, Khayr al-Din pasha se tourne naturellement vers le Maroc pour raisons religieuse, politiques et économiques. La stratégie de pénétration repose principalement sur l’établissement de liens solides avec plusieurs dirigeants locaux.

Tout laisse penser alors que le Maroc allait tomber partiellement ou complètement sous le joug Ottoman à moyen terme. Un événement inattendu va cependant renverser la situation : l’unification du pays par le sultan Mohammed al-Shaykh en 1549.

>Premier round

A l’instar des Almoravides, des Almohades et des Mérinides, ce monarque cherche à créer un grand empire. C’est pour cette raison notamment que ses armées envahissent l’ouest de l’Algérie actuelle avant la fin de l’année 1549.

La réaction ottomane ne se fait pas attendre. Les soldats de Sublime la Porte reprennent tous les territoires perdus en moins de deux ans. Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Les maîtres d’Alger décident d’intervenir dans les affaires du Maroc. Ils préparent une campagne qui parvient à expulser les Zaydanides du nord du pays et la remise sur le trône d’un prince wattaside en 1553. Une fois sur place, les envahisseurs tentent de se débarrasser de ce dernier et annexer ses territoires. Une révolte populaire à Fès les pousse toutefois à se retirer.

>La lutte continue…

Abou Hassoun al-Wattassi n’a pas eu le temps de profiter du pouvoir. Il est renversé et mis à mort par Mohammed al-Shaykh en 1554.

Lorsque Soliman le Magnifique prend vent de ces développements, il décide d’adopter un ton plus diplomatique envers le nouvel homme fort du Maroc. Le sultan ottoman propose à son homologue chérifien, par le biais d’une ambassade, de normaliser les relations entre les deux entités contre la reconnaissance de sa suzeraineté nominale.

Cette proposition est rejetée avec véhémence par le sultan du Maroc qui se dit prêt à la confrontation. La rupture est donc consommée entre les deux parties. Alors que Mohammed al-Shaykh tente à nouveau de s’emparer de l’Algérie actuelle, le Grand Turc projette de le faire assassiner par l’intermédiaire d’une poignée de mercenaires. C’est chose faite le 23 octobre 1557.

>La grande victoire

Les Ottomans s’attendaient à l’effondrement de l’Empire chérifien. Ils décident de l’envahir sans attendre. La surprise a été grande. Abd Allah al-Ghalib s’impose rapidement, unifie les populations et rassemble une armée imposante qui écrase le contingent ottoman à Wadi al-laban le 2 avril 1558. Ce triomphe éloigne le spectre d’Istanbul pour de nombreuses années.

>Une nouvelle tentative

Les Ottomans n’abandonnent pas pour autant leur rêve marocain. Ils adoptent juste une nouvelle approche : utiliser un prétendant issu de la famille régnante, en particulier le prince Abd al-Malik. Ce dernier s’est en fait réfugié chez eux dès 1558 et a longtemps sollicité leur soutien pour s’emparer du trône. En vain.

Après l’arrivée au pouvoir de Mohammed al-Moutawakkil en 1574, le Maroc replonge dans l’anarchie. Mourad III profite de cette occasion pour réaliser le rêve de ses prédécesseurs. Il met à la disposition de Abd al-Malik des janissaires qui lui permettent de renverser son neveu en 1576. En contrepartie, le nouveau souverain du Maroc doit reconnaître la suzeraineté nominale de la Sublime Porte. Le chérif n’a aucun mal à accepter cette condition d’autant plus qu’il est fasciné par le modèle ottoman. Il s’évertue même à changer un ensemble de traditions locales, parfois par la violence, en particulier les vêtements. Cela provoque le mécontentement des élites locales, notamment le prince héritier Ahmad.

>Effet indésiré

Tout en vouant une admiration réelle pour le modèle ottoman, Abd al-Malik est souverain jaloux de son indépendance.

Dès qu’il consolide sa position, il se rapproche des royaumes européens pour assurer un certain équilibre de la terreur. Choqué par cette ingratitude, Mourad III aurait décidé d’empoisonner son « vassal » alors que celui-ci s’apprête à affronter l’armée portugaise appelée à la rescousse par le sultan déchu.

L’objectif des Ottomans est clair : provoquer l’effondrement du pouvoir marocain pour apparaître comme le dernier refuge contre cette croisade.

Mais la bataille des Trois Rois est loin d’être favorable aux plans échafaudés à Topkapi. Contre toute attente, l’armée marocaine remporte une victoire éclatante. Et c’est sur le champ de bataille qu’un souverain est proclamé. Sa devise est simple : Indépendance et Grandeur !

>L’indépendance, et rien que l’indépendance !

Entre 1578 et 1582, Mourad III essaie de subjuguer Ahmad al-Mansour de diverses manières.

Le monarque marocain demeure très vigilant. Il consolide sa situation intérieure en déployant un certain nombre d’outils appelés désormais le Makhzen. Il inaugure dans un second temps une diplomatie active pour circonvenir les puissances européennes dans le cadre de ce que nous avons baptisé politique des trois cercles.

Par ailleurs, le sultan parvient à faire une véritable percée en convaincant des dignitaires ottomans de devenir des défenseurs infatigables de la cause chérifienne à Topkapi. La conjugaison de toutes ces mesures permet à al-Mansour de neutraliser Istanbul, déjà embourbée dans de nombreux conflits internes et externes.

En dépit de quelques tensions frontalières, notamment autour de l’oasis de Figuig, l’Empire ottoman n’est plus en mesure d’intervenir dans les affaires marocaines dès 1583.

Al-Mansour ne se contente pas de cela. Pour consolider définitivement son indépendance, il adopte une stratégie proactive qui repose sur deux piliers. D’une part, une propagande intense parmi les élites ottomanes afin d’asseoir son image de calife de l’Occident musulman. D’autre part, la mise en place d’une politique expansionniste qui lui permet de se tailler un empire africain colossal en moins d’une décennie.

C’est ainsi que les ambitions atlantiques des Ottomans se sont brisées contre le roc marocain. Plusieurs facteurs tels que le contexte international instable ou encore la difficulté liée à la géographie accidentée du pays, y ont contribués. Mais le plus déterminant d’entre eux reste sans doute l’existence d’un projet politique multidimensionnel, porté par une élite expérimentée et efficace…

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