Les challenges économiques et sociaux à venir dans le secteur agricole

Emergence d'une classe moyenne agricole, encouragement des jeunes entrepreneurs du monde rural et accompagnement des filières de production agricole ont été au centre d'un débat, à l'occasion d'un Symposium tenu le 23 mars à Rabat par le Groupe Crédit agricole du Maroc. 

Les challenges économiques et sociaux à venir dans le secteur agricole

Le 29 mars 2021 à 18h13

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Emergence d'une classe moyenne agricole, encouragement des jeunes entrepreneurs du monde rural et accompagnement des filières de production agricole ont été au centre d'un débat, à l'occasion d'un Symposium tenu le 23 mars à Rabat par le Groupe Crédit agricole du Maroc. 

Cet événement a été organisé pour clôturer le cycle de rencontres organisées par le Crédit Agricole du Maroc depuis le mois de novembre avec les 18 filières de production agricole. 

Lors de ce débat, sous le thème « la place centrale de l’agriculture et des politiques rurales dans les challenges économiques et sociaux à venir », les différents intervenants ont relevé les défis auxquels le secteur agricole sera confronté dans les prochaines années.

Trois principaux points ont été évoqués par Lahbib Bentaleb, président de la Fédération des chambres d’agriculture au Maroc (FECAM). Le premier est relatif à la rareté de l’eau, une problématique dont le pays souffre depuis quelque temps déjà, et qui est amenée à s’aggraver. « Le gouvernement actuel ainsi que les prochains doivent faire face aux changements climatiques en augmentant la capacité de récupération des eaux de pluie, principalement à travers la construction de petits, moyens et grands barrages sur tout le Royaume », a-t-il souligné.

Le second point est celui du financement. « Le secteur de l’agriculture représente 19% du PIB du Maroc, et il est financé par une seule banque, le CAM. On parle à présent d’une nouvelle stratégie agricole, qui s’étalera sur les dix prochaines années, où la part de l’agriculture dans le PIB pourrait s’élevait à 25% voire 30%. Comment une seule banque arrivera-t-elle à financer toute cette part? Il nous faut une vision claire », a-t-il ajouté.

Un constat partagé par le ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch, ayant également pris part à ce symposium. « Environ 40% de la population marocaine habite dans le monde rural, dont 80% vivent de l’agriculture (…), et aujourd’hui la problématique du financement persiste. On demande au groupe CAM de faire énormément d’efforts pour financer seul tout un secteur, et ce n’est pas normal. Il faudrait que toutes les banques et que le système financier dans son intégralité participe au financement de ce secteur » stratégique.

Le troisième point relevé par le président de la FECAM est la capacité à créer et à renforcer une classe moyenne rurale.  Dans ce sens, Abdelmajid El Hankari, gouverneur directeur des affaires rurales du ministère de l’Intérieur a noté qu »‘au Maroc, plus de 500.000 familles vulnérables vivent de l’agriculture et exploitent à peine 2 millions d’hectares. Ces familles doivent être accompagnées par les parties concernées pour que leur situation se redresse, que leur niveau de vie s’améliore et pour en faire un levier de développement socio-économique ».

Pour répondre à une partie de ces défis, le ministère de l’Agriculture a lancé en février 2020 la nouvelle stratégie Génération Green 2020-2030, qui succède au Plan Maroc Vert 2008-2019. 

Des produits du CAM en appui à l’émergence de la classe moyenne rurale

L’émergence d’une classe moyenne agricole est un des éléments centraux et primordiaux de cette stratégie. Celle-ci ambitionne de renforcer l’effort d’investissement pour améliorer davantage le revenu des agriculteurs, étendre l’accès à l’assurance agricole afin d’atténuer les effets des aléas climatiques et assurer la protection sociale des agriculteurs et de leurs familles. A terme, la stratégie Génération Green permettra de faire accéder 350.000 à 400.000 ménages au statut de classe moyenne, et d’en stabiliser 690.000 autres dans ladite classe. 

Sur ce point, le CAM va de son côté déployer un dispositif spécifique au monde rural et agricole appelé « Al Moustatmir Al Qaraoui ». Celui-ci englobe aussi bien un accompagnement financier que non financier, et verra ainsi la création de nouveaux produits dédiés, combinant incitations de l’Etat et crédit bancaire.

Au titre de ces nouveaux produits, la banque a déjà mis en place un premier pack spécifique dénommé « Pack CAM – Génération Green Jeunes », destiné aux jeunes agriculteurs ainsi qu’à la jeune entreprise rurale de services à l’agriculture, et lancera ensuite un pack dédié à l’accompagnement des ayants-droit dans le cadre du projet de Melkisation des terres collectives, afin de financer leurs besoins à titre individuel ou en groupement.

Un soutien sur mesure pour chaque filière

En outre, le CAM offrira également un accompagnement sur mesure aux différentes filières de production agricole. 

« En tant que banque, on doit comprendre qu’il ne faut pas avoir un seul programme de financement qui s’applique à toutes les catégories des agriculteurs, puisque chacune dispose de ses propres spécificités et besoins ».

« A l’issue des 18 jours de travail et de réunions avec les interprofessions, nous avons fini par développer des produits qui s’adressent à différentes filières », a-t-il ajouté, notant que « les normes de financement ont changé. La Génération green a changé le business model de certaines chaînes de production, et le groupe Crédit agricole du Maroc doit accompagner ces changements ». 

Rachid Benali, président de l’Interprolive confirme. « Le secteur de l’olive dépasse un million d’hectares et emploie plus de 400.000 agriculteurs de différentes catégories ». Ce chiffre englobe également les industriels selon lui. « C’est donc un secteur complexe », qui doit bénéficier d’un accompagnement spécifique.

Ainsi, afin de prodiguer un accompagnement à la fois différencié et personnalisé de ces différentes filières, le CAM adopte une approche tenant compte des objectifs et contraintes de chaque filière selon une vision matricielle filière/région. Ce dispositif prend notamment en considération l’impact de la situation climatique sur l’activité agricole et ses écosystèmes. L’approche régionale de la banque se traduit ainsi par des mécanismes bénéficiant à l’ensemble de la chaine de valeur du secteur, tout en étant adaptés aux spécificités et contraintes de chaque filière/région. 

L’immatriculation et l’assurance, d’autres mesures pour développer le secteur

Par ailleurs, lors de cette table ronde, Karim Tajmouati, directeur général de l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC) et Hicham Belmrah, PDG de Mamda-Mcma ont dévoilé comment l’immatriculation des terres agricoles et l’assurance contribuent au développement du secteur agricole.

Selon M. Tajmouati, « 550.000 titres fonciers ont été créés durant ces cinq dernières années, dont 50% sont relatifs au monde rural. Et pour y procéder, l’agriculteur n’a qu’à se présenter à l’Agence, muni d’une carte d’identité. Ce dernier est également exempté des droits de conservation foncière au moment de l’immatriculation de son bien ». 

Selon le DG, « il a été démontré qu’ après 12 mois de l’immatriculation de leurs terres agricoles, les agriculteurs contractent des prêts hypothécaires pour financier leurs projets, dont 90% proviennent du CAM. Ce qui veut dire que dès que les agriculteurs deviennent propriétaires, ils entrent dans une dynamique économique ». 

Par ailleurs, outre les titres fonciers, « l’Agence procède, annuellement, à l’immatriculation d’un million d’hectares dans le monde rural. Ces superficies sont essentiellement dédiées au développement rural ».

Enfin, pour faciliter les investissements dans les zones rurales, « Il a été décidé, à l’issue d’une série de réunions tenues la semaine dernière avec M. Sijilmassi et son équipe, que le financement des droits de la conservation foncière sera désormais un élément du financement de l’investissement ». 

En ce qui concerne l’assurance, M. Belmrah a rappelé que dans le cadre du PMV, Mamda avait mis en place, en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, des produits de couverture, essentiellement contre les changements climatiques. 

Lire aussi: Le groupe Crédit agricole signe 21 conventions avec les acteurs du secteur agricole

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