FMI: Les risques encourus par l’économie marocaine et les pistes de riposte

Le FMI a rendu public, ce mardi 5 janvier, son rapport relatif aux consultations de 2020 au titre de l’article IV de ses statuts. Un rapport qui revient sur la crise sanitaire, évalue la riposte marocaine et dresse les pistes de reprise. Détails. 

FMI: Les risques encourus par l’économie marocaine et les pistes de riposte

Le 5 janvier 2021 à 15h50

Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Le FMI a rendu public, ce mardi 5 janvier, son rapport relatif aux consultations de 2020 au titre de l’article IV de ses statuts. Un rapport qui revient sur la crise sanitaire, évalue la riposte marocaine et dresse les pistes de reprise. Détails. 

Le FMI vient de livrer son évaluation détaillée dans le cadre des consultations de 2020 au titre de l’article IV de ses statuts. Comme annoncé auparavant, il prévoit une profonde récession en 2020 (-7,2%) suivie d’une reprise en 2021 (4,5%) avec les réserves de rigueur, dans la mesure où l’incertitude continue de planer sur le monde à cause de la pandémie de la Covid-19.

La pandémie toujours là, des risques non négligeables

Cette incertitude, qui persiste avec le maintien de la pandémie et même son accélération dans plusieurs pays, apporte son lot de risques sur l’économie marocaine. Ainsi, le FMI estime que cette crise sanitaire « devrait avoir des effets persistants sur la production. Le PIB devrait retrouver son niveau d’avant la crise d’ici 2022, mais rester en deçà de la tendance d’avant la crise à moyen terme ». « La pandémie devrait également affecter la croissance potentielle. Les investissements publics seront limités par les besoins d’assainissement budgétaire et les investissements privés limités par l’effet d’éviction de l’augmentation du financement du secteur public. Un chômage plus élevé et une plus grande participation aux activités informelles pourraient avoir un impact négatif sur l’accumulation de capital humain », avance les experts du FMI.

Le FMI dresse aussi une matrice des risques dont certains restent élevés pour le Maroc. Ainsi, le risque d’avoir une pandémie de Covid-19 prolongée est très élevé. « La récente résurgence de la pandémie, qui s’avère plus difficile à éradiquer (par exemple en raison des difficultés à trouver / distribuer un vaccin), suggère qu’une demande extérieure et intérieure plus modérée est désormais une possibilité », est-il précisé dans le rapport du FMI.

« De nouveaux efforts de confinement nuiraient directement à l’activité économique au Maroc en raison des chocs d’offre et de demande et de changements de comportement. Avec une marge de manœuvre limitée, la réévaluation des risques par les marchés pourrait conduire à une révision du prix des actifs, démasquer les vulnérabilités liées à la dette et affaiblir la santé des institutions financières nationales. Les mesures protectionnistes pourraient perturber le commerce et l’intégration du Maroc dans les chaînes de valeur mondiales », analyse le FMI. 

Autre risque élevé mentionné par les équipes du FMI, celui de l’intensification des tensions géopolitiques et des risques sécuritaires. « La concurrence géopolitique et le débat sur les avantages de la mondialisation pourraient conduire à davantage de protectionnisme et de relocalisation des entreprises, réduisant les flux transfrontaliers de commerce et de main-d’œuvre (y compris les envois de fonds). Les risques de sécurité réduisent également les flux commerciaux, de main-d’œuvre et de capitaux et la confiance. Les perturbations de la production pétrolière peuvent créer des risques à la hausse pour les prix du pétrole« , est-il énuméré dans le rapport. 

L’ensemble de ces risques peuvent affecter l’économie marocaine dans la mesure où « le Maroc est une économie ouverte, fortement dépendante du commerce dont celui associé aux principales chaînes de valeur mondiales (l’automobile), des envois de fonds, du tourisme et des importations d’énergie ».

« Par conséquent, toute perturbation dans chacun de ces domaines est vouée à affecter profondément l’activité économique », insiste le FMI qui souligne aussi le risque, plus modéré certes mais présent, d’un rythme des réformes structurelles plus lent que prévu.

« L’absence de réformes structurelles pourrait accroître les vulnérabilités budgétaires et les tensions sociales, réduire la croissance potentielle et affecter négativement la confiance des investisseurs et l’absorption des déséquilibres extérieurs », est-il affirmé.

Les pistes de riposte aux risques recommandées

A chacun de ces risques, le FMI recommande des réponses. La politique budgétaire est en tête des ripostes pour le prolongement attendu de la pandémie. « Un soutien aux entreprises et aux travailleurs touchés (y compris les transferts monétaires, les reports d’impôts et les facilités de crédit), tout en réduisant les dépenses publiques moins essentielles et / ou en augmentant les recettes (par le biais de contributions volontaires ou de formes progressives d’imposition) pour éviter une augmentation excessive de la dette et des besoins de financement », préconise le FMI. Une continuité donc des actions menées jusque-là. 

Le FMI conseille d’adopter un cadre budgétaire clair et transparent à moyen terme pour soutenir la confiance des investisseurs dans un retour progressif à un niveau inférieur de la dette publique.

Par ailleurs, l’institution internationale estime « qu’il y a un certain espace pour réduire les taux directeurs, mais une fois atteint la limite inférieure effective, BAM pourrait explorer des mesures de QE (quantitative easing / assouplissement quantitatif) y compris l’intensification de ses programmes de financement des prêts et l’achat de bons du Trésor sur les marchés secondaires pour réduire les taux d’intérêts à long terme ». 

Dans le même sillage, le FMI considère que BAM « devra peut-être intervenir rapidement pour remédier aux faiblesses des secteurs financiers, en renforçant les dispositions de liquidité, en assouplissant davantage les coussins de fonds propres et en offrant aux banques viables des délais plus longs pour rétablir la solvabilité minimale. Les autorités devraient également se tenir prêtes à fournir des garanties supplémentaires sur les engagements bancaires et à créer l’espace budgétaire nécessaire pour fournir des capitaux aux banques d’importance systémique ». 

D’autres propositions sont formulées par le FMI, notamment « accélérer la transition vers un cadre de ciblage de l’inflation avec un régime de taux de change flexible pour atténuer les nouveaux chocs extérieurs ».

Il est également proposé de « maintenir la participation du Maroc dans les principales chaînes de valeur mondiales, en travaillant avec des partenaires commerciaux clés pour éviter les mesures qui faussent les flux commerciaux et entravent les IDE », d’ »accélérer les efforts pour réduire la dépendance du Maroc vis-à-vis de l’énergie importée en stimulant l’approvisionnement en sources renouvelables » et de « mettre en œuvre une réforme fiscale plus décisive et plus complète, tout en augmentant les efforts pour contenir les dépenses courantes et améliorer l’efficacité ». 

Le FMI appelle aussi à la « rationalisation des entreprises publiques » et à « la réforme du système de retraite » et à l’acheminement vers « un nouveau modèle de développement économique qui favorise une croissance durable et inclusive ». 

Le FMI préconise de « construire un consensus fort sur les réformes nécessaires pour soutenir le bien-être social, réduire les vulnérabilités et favoriser une croissance plus inclusive ». Dans ce sens, il recommande de « réintroduire ou étendre les mesures prises dans le cadre de la pandémie, d’accélérer les réformes structurelles pour améliorer la croissance inclusive, de renforcer progressivement le système de protection sociale à partir des réformes récemment annoncées, d’améliorer la qualité de l’éducation et de stimuler les politiques actives du marché du travail.

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