PLF 2021 : les producteurs locaux de polyester montent au créneau

Annoncée dans le PLF 2021, l’augmentation des droits de douane (de 2,5% à 17,5%) qui devait être appliquée sur l’importation du produit fini de polyester discontinu destiné au rembourrage a été abrogée, à la demande d’un groupe parlementaire de la majorité (amendement n°4). Les industriels alertent sur les conséquences de cette décision et dressent des recommandations.

PLF 2021 : les producteurs locaux de polyester montent au créneau

Le 23 novembre 2020 à 15h57

Modifié 10 avril 2021 à 23h04

Annoncée dans le PLF 2021, l’augmentation des droits de douane (de 2,5% à 17,5%) qui devait être appliquée sur l’importation du produit fini de polyester discontinu destiné au rembourrage a été abrogée, à la demande d’un groupe parlementaire de la majorité (amendement n°4). Les industriels alertent sur les conséquences de cette décision et dressent des recommandations.

Les deux principaux arguments avancés par la première Chambre pour justifier le rejet de l’augmentation de la taxe à l’import est le suivant : « L’industrie nationale de cette filière de fibre en polyester ne peut pas répondre aux besoins du marché local« .

Les dirigeants de l’Association marocaine des industries du textile (Amith) ont soutenu l’invalidation de la proposition contenue dans le PLF 2021 au motif que : « L’argument qui recommande d’augmenter les droits de douane à 17,5% pour encourager la production locale ne tient pas, étant donné que 80 à 85% des besoins en fibres polyester portent sur la fibre vierge et semi-vierge qui n’est pas produite localement ».

L’Amith soutient également que si le passage des droits de douane à 17,5% est validé, la décision portera un coup dur à toute la filière textile de maison, qui compte plus de 150 entreprises et qui utilise majoritairement de la fibre vierge et semi-vierge pour le rembourrage.

Ainsi, selon les dirigeants de l’association, il faut donc absolument que les droits de douane restent à 2,5% tant que la production locale n’est pas disponible en quantité et en qualité suffisantes.

Les producteurs nationaux de fibre de polyester discontinue de rembourrage contestent cet argumentaire en précisant que l’abrogation favorise l’importation massive de fibres en polyester.  

>> Voici les explications d’Abdeslam El Eulj, PDG de Famacolor, pionnier dans l’industrie du polyester au Maroc :

– Même avec des droits de douane en deçà du seuil de viabilité de l’activité, c’est-à- dire à 17,5%, comme annoncé initialement dans le PLF 2021, Famacolor peut à elle seule combler 100% du besoin du marché, sans le nouveau venu Dolidol. Ce qui démontre que la disponibilité, en quantité et en qualité suffisantes, de la production locale est directement liée aux facteurs de production et à la différence de traitement accordé par les Etats. 

« En définitive, l’argument qui recommande d’augmenter les droits de douane pour encourager la production locale tient. Nous ne le répéterons jamais assez, notre pays doit nous protéger et nous appuyer, car sinon, nous ne serons jamais compétitifs face à la concurrence des pays asiatiques. » ajoute la même source.

– Un amalgame est entretenu entre les différentes fibres. La différenciation de nomenclature a permis d’augmenter à 17,5% le tarif douanier de la fibre destinée au rembourrage et garder intact les droits de douane pour la fibre destinée à la filature. Le but de l’éclatement de la nomenclature est de concilier les intérêts de l’industrie textile et les nôtres.

« Notre demande ne lèse nullement le secteur du textile puisque nous opérons dans celui du rembourrage. » précise le PDG.

– L’annulation de l’augmentation des droits de douane va à l’encontre du principe de protection de la production locale. Ce qui serait en porte-à-faux avec les efforts de maîtrise des importations : notamment à travers la sensibilisation des opérateurs pour ralentir le rythme d’importation et le relèvement des droits d’importation observé dans plusieurs secteurs d’activités (hors zones de libre-échange) en vue de renforcer la protection de la production nationale et encourager la substitution des importations par la production locale.

– Une telle décision va à l’opposé de la politique environnementale qui constitue un des axes majeurs de la politique Royale qui vise l’encouragement d’une industrie marocaine permettant de diminuer le niveau de la pollution par le plastique. Les députés doivent inciter par des mesures d’encouragement les investisseurs à se lancer dans le recyclage en répondant à l’appel Royal et non le contraire.

Dans les conditions actuelles de marché, l’investisseur ne peut s’aventurer dans un secteur non protégé, hautement concurrentiel et risqué. A la place, tout industriel sensé investira dans des secteurs protégés comme la literie ou la chocolaterie, qui bénéficient de 40% de droits de douane.

>> Voici les conséquences de la décision, selon les producteurs locaux :

– Le creusement du déficit de la balance commerciale par l’encouragement de l’importation au détriment de la production locale et un impact négatif sur la réserve des devises. L’enjeu est d’éviter une fuite de devises d’environ 150 MDH par an.

La baisse des tarifs douaniers encourage l’importation des produits polluants (issus du recyclage du plastique), met en péril des investissements marocains au profit des sociétés étrangères et freine la création d’emplois directs et indirects au Maroc. Surtout dans le contexte actuel marqué par la crise de la Covid-19.

– La mise en faillite des deux producteurs locaux et le gel de plusieurs projets de développement. Le secteur compte une vingtaine d’entreprises en exercice.

– Des droits de douane sur l’importation des fibres en polyester à 2,5% certes réconfortent les importateurs, gros demandeurs de fibre textile plus fine, mais présentent plusieurs inconvénients à savoir : la contamination du milieu marin par les plastiques avec des poissons infectés, une agriculture qui peine à subvenir au besoin de la population faute de sol et nappes phréatiques de qualité, ou encore des paysages dégradés.

Si la situation actuelle est maintenue, l’industrie marocaine de polyster risque de devenir un centre d’enfouissement pour les pays asiatiques, avec tous les impacts que cela peut avoir sur les secteurs comme la pêche, l’agriculture et le tourisme.

– Le Maroc se priverait d’entrées de devises de l’ordre de centaines de millions de dollars en livrant à elle-même une industrie locale qui pourrait à terme générer des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, créatrice de valeur ajoutée, qui dépollue son environnement. 

>> Enfin, voici les recommandations et propositions des producteurs locaux :

– En confirmant l’augmentation des droits de douane, la chambre des conseillers fera la démonstration que la protection de l’environnement est une priorité au Maroc, que la COP22 n’était pas une conférence de passage et qu’elle a donné l’impulsion et le déclic nécessaires aux industriels marocains pour investir dans le secteur de la valorisation des déchets PET.

– Il convient de revoir cet amendement et passer le taux des droits d’importation de 2,5% à 30%, pour la fibre de polyester discontinue destinée au rembourrage.

– A l’instar du secteur du textile, l’industrie du polyester mérite une attention particulière de la part de l’Etat pour être compétitif face à la concurrence étrangère, notamment asiatique (Chine, Indonésie, Inde).

– La création de la vingtaine de centres de tri, comme promis par l’Etat depuis 2015, pour faciliter la fourniture de matières premières et bouteilles en plastique à nos unités de valorisation. Il est également primordial de contrôler le rendement de ces centres et destiner leurs productions exclusivement aux industriels en règle vis-à-vis des normes environnementales.

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