Les révélations de Zouhair Chorfi sur le programme intégré de financement

Plus d’un million de bénéficiaires potentiels, un produit de financement phare plafonné à 1,2 MDH, reporting mensuel exigé par le Souverain…, voici ce qu’a dit le secrétaire général du ministère des Finances sur le programme intégré d’appui et de financement des entreprises.

Les révélations de Zouhair Chorfi sur le programme intégré de financement

Le 3 février 2020 à 13h14

Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Plus d’un million de bénéficiaires potentiels, un produit de financement phare plafonné à 1,2 MDH, reporting mensuel exigé par le Souverain…, voici ce qu’a dit le secrétaire général du ministère des Finances sur le programme intégré d’appui et de financement des entreprises.

Zouhair Chorfi était l’invité, ce dimanche 2 février, de l’émission « Confidences de presse » de la chaîne 2M qui avait pour thème principal le nouveau programme intégré d’appui et de financement des entreprises, initié suite à l’appel royal d’octobre dernier. Médias24 a participé au débat avec le secrétaire général du ministère des Finances.

Au cours du débat, plusieurs révélations ont été faites sur le contexte du lancement de ce programme de financement, ses différences par rapport aux anciens dispositifs, des éléments de son contenu. En voici l’essentiel.

Le contexte

Pour M. Chorfi, le Maroc a bien travaillé durant les 20 dernières années, mais des fragilités et faiblesses persistent.

Sur la dimension purement économique, le Maroc souffre aujourd’hui de trois maux : une croissance qui ralentit, qui crée de moins en moins d’emplois et dont les fruits sont mal répartis.

Les défis à relever sont donc de créer plus de richesses, de faire de l’emploi la variable centrale des politiques publiques et de réduire les inégalités sociales et spatiales.

Selon le secrétaire général des finances, le Roi a souligné à plusieurs reprises un certain nombre d’insuffisances. Il y a actuellement une réflexion sur le modèle de développement ; des réponses seront données et feront bouger les lignes. Il y aura de la continuité mais aussi des ruptures.

« Nous savons quels sont ces points de rupture. Parmi eux il y a la question du financement. Une étude récente du HCP dit que 75% des entreprises affirment que l’accès au financement est l’obstacle numéro 1 à l’investissement ; que 73% des entreprises (91% des TPE) n’accèdent pas au financement ; et que l’une des raisons majeures de l’inaccessibilité du financement est le niveau des garanties exigées.

« Dans son discours au Parlement, Sa Majesté a donc mis le doigt sur un des aspects déterminants pour faire évoluer les équations et pour créer les conditions d’une plus grande croissance. C’est un élément qui n’est certes pas suffisant mais qui est nécessaire », a-t-il affirmé.

Cela dit, pourquoi les acteurs concernés ont-ils attendu l’intervention du Souverain pour se mobiliser ?

Pour Chorfi qui a plus de 30 ans de présence au ministère des Finances, cette question d’accès au financement a été récurrente. Les banques disaient que leur raison d’être c’est de prêter et donc, si elles ne prêtent pas c’est qu’elles n’ont pas de clientèle bancable. Et en face, les PME disaient avoir des difficultés à accéder au financement.

« Il y a eu moult tentatives pour mettre en place un certain nombre de dispositifs. Mais ces derniers n’ont pas été impactants pour diverses raisons (verrous importants à cause de l’injection de fonds publics, manque de coordination entre différents acteurs…) ».

Et donc, en quoi se distingue l’actuel programme des anciens ?

Les particularités du nouveau programme

Pour le SG du ministère des Finances, la différence est énorme. Il y a au moins 4 niveaux de ruptures :

La contribution publique : la puissance publique a augmenté son intervention. Jusqu’à aujourd’hui elle était sur des enveloppes de 400 à 500 MDH par an. Là, elle passe à 2,7 milliards de DH par an. Soit un multiple de 5 qui représente autant de possibilités de financer et de garantir plus d’entreprises et d’améliorer les conditions de financement.

L’implication de la Banque Centrale, du Fonds Hassan II et de la CCG : La banque centrale refinancera les banques en illimité à 1,25% (une première historique) et assouplira ses règles prudentielles. Le Fonds Hassan II apportera 2 milliards de DH à taux zéro pour le monde rural. Et la CCG garantira à hauteur de 80% et abandonnera toute commission. Ces facteurs ont permis d’appliquer un taux historiquement bas : 2% pour le monde urbain et 1,75% pour le monde rural.

L’accompagnement : jusqu’à présent il ne se déroulait pas vraiment dans de bonnes conditions. Aujourd’hui il y aura une mutualisation et optimisation des moyens entre les différents intervenants (établissements et entreprises publics, associations…), mais surtout un pilotage régional à travers les CRI : identifier les formateurs, les mettre à la disposition des jeunes… Cet accompagnement aidera les bénéficiaires à passer de l’idée ou du concept au projet, mais aussi à pérenniser l’activité (accompagnement pendant les 5 premières années).

– Le suivi : Un reporting avec une analyse fine des réalités sera mené. Il permettra de savoir dans chaque région quels sont les crédits qui ont été accordés, les banques qui ont joué le jeu, les bénéficiaires, les branches d’activités, le genre… Le suivi devait être trimestriel, mais le Roi a voulu qu’il soit mensuel pour une évaluation et correction permanentes.

Les bénéficiaires

Selon Chorfi, suite au discours royal, l’objectif était de couvrir la totalité de l’arc-en-ciel. Ça commence par le secteur informel qu’il faut aider à intégrer le formel, les jeunes diplômés, les auto-entrepreneurs, les micro entreprises et les TPE. Cette population représente l’essentiel de la cible. A côté, il y a les entreprises exportatrices notamment vers l’Afrique.

Il faut compter une population de près de 960.000 personnes, de ceux qui sont à la recherche d’un emploi et porteurs d’un projet jusqu’aux TPE : 330.000 entreprises qui réalisent moins de 10 MDH de CA (95% du tissu productif), les auto-entrepreneurs et les forfaitaires (plus de 600.000 personnes).

S’ajoutent à cette population les jeunes diplômés qui voudront monter un projet et les acteurs de l’informel.

« Nous sommes autour d’un million de personnes physiques et morales éligibles à ce mécanisme. Le dispositif s’adresse aux nouvelles entreprises mais aussi aux entreprises qui ont moins de 5 ans d’âge », précise Chorfi.

Le potentiel

L’objectif du programme est d’accompagner 13.500 entreprises par an. Peu, compte tenu de la taille de la population cible ?

« C’est un additionnel. En moyenne, au cours des 3 dernières années, nous avons accompagné quelque 15.000 entreprises par an. Donc au total ce sera plus de 28.000 entreprises. Et ce chiffre a été fixé quand nous avions encore dans le Fonds d’appui à l’entrepreneuriat les 6 milliards de DH de l’Etat et des banques. Soit avant les 2 milliards du Fonds Hassan II. Donc les chiffres seront plus importants », explique le SG du ministère des Finances.

Ce dernier assure que les ressources disponibles aujourd’hui autorisent plus que cela. « Il y aura une montée en puissance progressive, et si on devrait faire plus, on le fera », promet-il.

La prudence

Chorfi met en garde toutefois : tout n’est pas finançable. « Nous resterons sur des projets que porteront les banques. Ce sont elles qui apprécieront les projets. Les gens seront encadrés, on va les aider à monter leurs projets, mais certains seront forcément inéligibles.

« Nous sommes dans une logique d’octroi de prêt. Et un prêt ça se rembourse. Nous avons eu quelques mauvaises expériences par le passé. Il faut appeler au sérieux de ceux qui seront candidats à l’entrepreneuriat ».

Le produit phare : « Intelak »

Le produit phare s’appelle Intelak. Il a une déclinaison au niveau rural : Intelak Al Moustatmir Al Karawi. Les prêts iront jusqu’à 1,2 MDH.

La cible va du jeune diplômé qui porte un projet jusqu’à à la TPE avec moins de 10 MDH de CA.

Les bénéficiaires potentiels pourront accéder à ces prêts avec des taux de 2% ou 1,75% (monde urbain ou rural), garantis par la CCG à hauteur de 80%.

Les bénéficiaires pourront également bénéficier d’une avance de 50.000 DH remboursable sans intérêts au bout de 5 ans (à la phase démarrage, l’entrepreneur n’a souvent pas encore la trésorerie qu’il faut).

Sans compter les prêts d’honneur qu’ils peuvent décrocher auprès des associations de microcrédit et de certaines fondations, qui peuvent aller jusqu’à 300.000 DH et qui seront également garantis par la CCG à hauteur de 80%.

« C’est une expérience sans précédent au niveau international », se targue Chorfi.

Parallèlement à ce produit phare, il y aura tous les autres produits de la CCG qui ont été retraités pour améliorer leur attractivité (plafonds, quotité garantie…).

Et les banques ne demanderont pas de garanties personnelles. Les seules garanties qui pourront être exigées seront en rapport avec le projet (matériel…).

A qui s’adresser

Après la signature des conventions avec les banques, il y aura une mobilisation avec les CRI : ces derniers devront éclairer sur les réalités locales, fixer les secteurs où il y a un besoin d’investissements… Ceci pour aider les jeunes à se positionner dans leurs régions et avoir des idées de projets.

« Normalement, le premier contact se fera avec la banque. Mais bien sûr, cela ne veut pas dire que les gens n’iront pas voir les CRI pour avoir des informations.

« Tout dépend de la phase de préparation de leurs projets. S’il s’agit de quelqu’un encore au stade de la recherche d’une idée ou qui a une idée vague, il s’adressera peut-être au CRI ou aux associations qui seront là pour l’accompagner. Mais s’il s’agit de quelqu’un qui a un projet finalisé, il choisira sa banque qui fera le travail. Il y a un engagement des banques d’améliorer leur prestation de service », précise Zouhair Chorfi.

« Sans intervention du Roi, les taux allaient être plus élevés »

Justement, les banques ont-elles facilement joué le jeu, notamment en matière de taux ?

« Les banques nous ont dit qu’elles allaient baisser les taux. Et on discutait en points : baisser de 2 points, de trois points… Mais certainement, la demande de Sa Majesté de plafonner les taux a été déterminante.

« Sans cette intervention on aurait certainement été à des niveaux de taux plus élevés. Sa Majesté a sensibilisé sur l’enjeu, sur la nécessité de produire une rupture, d’ouvrir un nouvel horizon et donner espoir à la jeunesse », confirme le SG du ministère des Finances.

Les garanties de réussite

Qu’est ce qui garantit que ce programme réussira ?

« Il est temps que les sceptiques gardent un peu leur scepticisme chez eux. Il faut se dire qu’il y a une nouvelle donne. L’engagement du Souverain et son suivi sont les plus grandes garanties de réussite que l’on peut obtenir.

« Maintenant il faut une appropriation par l’ensemble des acteurs. Et il ne faut pas s’attendre à un changement radical dès le premier jour. Il y aura une montée en puissance progressive.

« Ce que je peux dire c’est que jamais il n’y a eu un tel esprit, un tel engagement des banques, un niveau aussi élevé d’engagement de la banque centrale, ni du gouvernement », tranche-t-il.

La pédagogie

Mais est-ce que l’entrepreneuriat se décrète ? Même en l’absence d’études, tout le monde sait que la majorité des jeunes veulent devenir salariés, voire fonctionnaires.

« Il y a quelque chose à faire au niveau pédagogique pour que les mentalités évoluent. Ceux qui voulaient aller vers l’entrepreneuriat rencontraient des obstacles. Aujourd’hui nous levons ces obstacles. C’est important mais pas suffisant.

« C’est pour cela qu’au niveau de l’accompagnement dans les régions, nous avons impliqué l’OFPPT dont les contenus pédagogiques intègrent aujourd’hui l’initiation à l’entrepreneuriat. Nous espérons que demain nous n’aurons pas que des salariés mais aussi des gens qui auront envie de monter leurs propres projets », reconnait Zouhair Chorfi.

Accès aux marchés et délais de paiement

Et qu’en est-il des grosses difficultés que rencontrent les entrepreneurs, principalement pour remplir leurs carnets de commandes et se faire payer ?

Il faut savoir que la commande publique, notamment, n’est toujours pas accessible aux TPE et aux auto-entrepreneurs.

« Nous avions dans la loi 20% de la commande publique à réserver aux PME, nous avons rajouté les auto-entrepreneurs et les coopératives et augmenté la quote-part à 30%. Maintenant nous voulons nous assurer qu’elle sera réellement appliquée.

« Nous sommes en train de travailler sur les dispositifs pour donner une nouvelle impulsion à la commande publique qui sera prise en charge par les entreprises nationales, notamment les PME », promet-il.

Concernant les délais de paiement, s’il y a une amélioration dans le secteur public, les délais entre entreprises privées sont toujours longs.

« La CGEM s’est renouvelée et il y a un nouveau patron des patrons qui est conscient de l’importance de cette question. Nous laisserons le temps aux opérateurs privés de prendre les initiatives qu’il faut, mais nous insisterons sur cette question des délais de paiement, pour que nous marchions sur nos deux jambes, public et privé. Il est important qu’ils avancent et qu’ils donnent l’exemple eux aussi », conclut le SG du ministère des Finances.

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