La visite de Pompeo au Maroc racontée par deux officiels américains

A l’issue de la visite de Michael Pompeo au Maroc, le 5 décembre, le département d’Etat américain a mis en ligne la transcription d’un briefing entre des journalistes avec deux hauts fonctionnaires américains au sujet de cette visite. Un briefing riche en révélations.

La visite de Pompeo au Maroc racontée par deux officiels américains

Le 26 décembre 2019 à 10h39

Modifié 11 avril 2021 à 2h44

A l’issue de la visite de Michael Pompeo au Maroc, le 5 décembre, le département d’Etat américain a mis en ligne la transcription d’un briefing entre des journalistes avec deux hauts fonctionnaires américains au sujet de cette visite. Un briefing riche en révélations.

La transcription en langue anglaise est disponible sur le site du département d’Etat.

Les deux officiels américains sont anonymes. On sait toutefois qu’il font partie du département d’Etat et ont participé à la visite effectuée par Mike Pompeo au Maroc.

On retient de cet échange quelques points importants qui apportent un éclairage précieux quant à la perception des relations maroco-américaines par le département d’Etat.

Les principales conclusions sont les suivantes:

-la tonalité générale des deux responsables américains: chaleureuse, optimiste, convaincue de l’excellence des relations bilatérales et de leur utilité. Les Etats-Unis reconnaissent, sans que cela soit dit explicitement, l’empreinte et le rôle régional du Maroc, y compris dans toute l’Afrique et dans le monde arabe.

-la visite ne portait pas sur la normalisation des relations marocaines avec Israël. Israël ne figurait pas à l’ordre du jour des entretiens.

 -les menaces terroristes au Sahel. Selon l’échange, on peut déduire qu’il n’est pas exclu que le Maroc puisse jouer un rôle opérationnel, sur le plan militaire, pour contrer les menaces terroristes.

-L’Iran: les USA considèrent que le Maroc est un allié régional de poids pour contrer l’influence iranienne et celle du Hezbollah.

-L’influence chinoise que les Américains cherchent ouvertement à contenir, y compris sur le plan technologique.

-Le Maroc a exprimé son intérêt pour des investissements américains dans le royaume.

« Alliés, points communs, perception commune des menaces… » etc

Sur la relation maroco-américaine, les deux officiels ne trouvent presque pas de mots assez forts:

« Ce fut une grande série de réunions. Nous avons beaucoup de points communs avec le Maroc. Nous avons une perception régionale, je pense, commune des menaces. Nous avons une excellente coopération y compris antiterroriste. (…) Ils sont un excellent partenaire (expression prononcée trois fois au cours du briefing).

« Ils sont un partenaire solide ». L’un des deux officiels cite les exercices militaires conjoints avec les FAR, -« des dizaines sinon cent par an, je pense », d’entraînements et d’exercices conjoints avec les États-Unis dont Africa Lion, le plus grand d’Afrique.

Son collègue enchaîne: Il était important pour le secrétaire d’Etat « de faire un voyage ici, de venir ici, de les voir, de leur parler. (…) Il veut aller dans des endroits qui ne sont pas seulement en crise. Il veut aller dans des endroits où nous avons une relation solide et ensuite renforcer cette relation ».

Au cours de son séjour, Pompeo a rencontré le chef du gouvernement Saâdeddine Elotmani, le chef de la diplomatie Nasser Bourita et le directeur général de la DGSN et de la DGST Abdellatif Hammouchi. Le secrétaire d’Etat américain s’est rendu lui-même au siège de la DGST.

Le Maroc « assez belliciste sur l’Iran »

C’est la première fois ou l’une des premières fois où les Américains n’ont pas pris eux-mêmes l’initiative de poser sur la table de discussion le problème iranien. C’est le Maroc qui en a parlé le premier:

« c’est l’une des rares réunions où nous n’évoquons pas l’Iran en premier, ils ont été les premiers à exprimer leur inquiétude concernant le financement du terrorisme, la présence – ou l’influence du Hezbollah et de l’Iran dans la région, et ils étaient certainement assez bellicistes », raconte l’un des deux hauts responsables du département d’Etat.

Son collègue cite l’extradition vers les Etats-Unis d’un financier du Hezbollah arrêté au Maroc, Kassim Tajideen. « Il y a une série de ces choses que le Maroc a faites. Ils sont donc un excellent partenaire ». 

Il cite ensuite des « points de coopération vraiment intéressants qui pourraient ne pas être aussi évidents, comme au Vénézuela, par exemple (…). Le Maroc est un État qui reconnaît le gouvernement Guaido et encourage d’autres États africains à reconnaître Guaido. Ils reconnaissent le type d’idéologie pernicieuse et dommageable de Maduro et contribuent à promouvoir cette cause sur le continent. C’est donc super ».

A la question de savoir si le Maroc « pourrait mieux faire pour soutenir les objectifs de l’Amérique dans la région sur l’Iran », la réponse est la concordance des intérêts: « le Maroc a ses propres intérêts à cet égard. (…) L’Iran est une force de déstabilisation régionale et a mené des activités qui se sont révélées déstabilisantes ou ont tenté de déstabiliser le Maroc. (…) Ils soutiennent ce que nous faisons ».

-Y a – t-il quelque chose de spécifique qui a été demandé au Maroc?

– Je ne vais pas entrer dans des questions spécifiques, répond un haut fonctionnaire.

Israël: « pas un sujet de discussion »

A la question de savoir s’il a-t-il été question de normaliser les relations avec Israël, l’un des deux hauts fonctionnaires répond que ce n’était pas à l’ordre du jour: « Je n’ai pas de commentaire à faire à ce sujet non plus, mais pour vous dire la vérité, ce n’était pas un sujet de discussion ». Il cite les fuites dans la presse israélienne au sujet d’une tentative de normalisation avortée avec le Maroc: La fuite « coïncidait avec notre voyage, mais ce n’était pas à notre ordre du jour ».

Les Américains inquiets de l’influence chinoise

Les deux officiels confirment avoir soulevé « l’influence chinoise, 5G, Huawei, et que était également un point de discussion ».

« Je ne vais pas entrer dans les détails non plus, mais ils ont reconnu, je pense, les défis posés par la participation chinoise ».

Lutte contre le terrorisme au Sahel

Après avoir cité les dernières acquisitions d’armes par les FAR, y compris dans le cadre du programme EDA relatif aux excédents américains, les deux officiels rappellent que le Maroc « déploie un grand nombre de soldats de la paix dans toute la région, et participe également à des initiatives de lutte contre le terrorisme le long de ses frontières. » Ils citent Daech et Al Qaida comme adversaires du Maroc dans la région. Et rappellent à ce niveau que le Maroc a accusé « le Hezbollah d’avoir joué un rôle dans la formation du Polisario ». Ils rapportent que le Maroc est très préoccupé par les développements au sud, dans le Sahel », en citant la montée du terrorisme et l’affaiblissement des Etats. Ils citent également les dernières opérations terroristes au Burkina Faso.

Au fil de l’échange, on comprend [sans que cela ne soit dit d’une manière explicite], qu’il n’est pas exclu que le Maroc joue un rôle plus important dans les missions de lutte contre le terrorisme sur le continent, au Sahel et au Sahara subsaharien.

Le Maroc veut attirer des investisseurs américains

Les deux officiels du département d’Etat annoncent que le Maroc veut renforcer les courants d’affaires avec les USA, y compris les investissements. Sur le Sahara, une révélation: « Nous sommes sur le point d’obtenir, comme vous le savez, un nouveau représentant de l’ONU ». Il s’agit probablement du successeur de Hörst Kohler, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU.

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