Visa For Music: 1er marché musical d’Afrique ignoré par le gouvernement

La 6e édition du salon des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient "Visa For Music" s’est ouvert à Rabat le 20 novembre pour durer jusqu’au 23 courant. Selon son fondateur Brahim El Mazned et son principal partenaire, Younes Boumehdi qui préside la fondation Hiba, chaque édition accouche dans la douleur faute de soutien des pouvoirs publics qui n’ont pas, encore, pris conscience de son apport à la professionnalisation du secteur musical, mais aussi à l’économie de la capitale.

Visa For Music: 1er marché musical d’Afrique ignoré par le gouvernement

Le 21 novembre 2019 à 12h36

Modifié 10 avril 2021 à 22h03

La 6e édition du salon des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient "Visa For Music" s’est ouvert à Rabat le 20 novembre pour durer jusqu’au 23 courant. Selon son fondateur Brahim El Mazned et son principal partenaire, Younes Boumehdi qui préside la fondation Hiba, chaque édition accouche dans la douleur faute de soutien des pouvoirs publics qui n’ont pas, encore, pris conscience de son apport à la professionnalisation du secteur musical, mais aussi à l’économie de la capitale.

A l’instar du festival d’Essaouira qui peine chaque année à assurer sa pérennité, « Visa For Music » se débat dans des problèmes financiers qui obèrent sa capacité à maintenir chaque nouvelle édition.

Sollicité par Médias24, Younes Boumehdi, principal partenaire médiatique de ce rendez-vous culturel, affirme que sa fondation Hiba et son groupe radiophonique Hit Radio accompagne depuis ses débuts Visa For Music, car c’est le seul marché professionnel de la musique du Maroc.

Un événement qui accueille les patrons des plus grands festivals du monde

« Cet événement structurant de la filière musicale permet en effet de réunir des artistes marocains, africains et du Moyen-Orient qui ont l’occasion de rencontrer des donneurs d’ordre internationaux.

Entre 200 et 300 patrons des plus grands festivals musicaux du monde (Europe, USA, Chine, Corée …) viennent à l’occasion de Visa For Music faire leur marché à Rabat.

« L’objectif étant d’identifier des artistes qu’ils vont programmer sur leur propre festival. Il y a aussi des tourneurs spécialisés en World Music qui cherchent des artistes naissants ou déjà révélés qui veulent rebondir pour faire des tournées européennes.

« Tout ce beau monde vient donc choisir ici ces gens sachant qu’ils ont très peu d’occasions de les identifier et qu’il n’y a pas beaucoup de grands marchés de ce type hormis, en Europe, le Womex (World Music Expo). Ce dernier change de pays d’accueil chaque année mais il est très difficile d’accès pour les artistes du Sud car il coûte cher et requiert un visa Schengen compliqué à avoir. »

Premier marché musical du continent

« Visa For Music est donc le 1er marché régional qui permet aux artistes d’Afrique et du Moyen-Orient de rencontrer ce niveau de donneurs d’ordre, en règle générale inaccessibles.

« Comme ce n’est pas un vrai festival réunissant des centaines de milliers de personnes mais plutôt un événement orienté professionnel, son modèle économique a du mal à s’inscrire dans la durée, alors qu’il a permis de révéler plusieurs artistes ou de relancer leur carrière.

« Chaque année, les candidats essayent d’être sélectionnés en faisant un show-case devant les professionnels mais il y a aussi des conférences pour les former à plusieurs problématiques du secteur comme comment trouver des engagements, développer sa carrière, les droits d’auteur…

« Pour les artistes qui n’ont pas réussi à être sélectionnés, il y a des speed-dating qui leur permettent de convaincre en 10 minutes le patron d’un festival pour s’y produire éventuellement. En dernier lieu, il y a des rencontres avec des patrons de studios d’enregistrement et des agrégateurs de musique…

2,5 millions de dollars générés en 3 ans pour les artistes

« Tout cela permet donc aux artistes de mieux se vendre à l’international. De cette manière, les 3 premières éditions de Visa For Music ont généré 2,5 millions de dollars de recettes aux artistes naissants ou qui ont pu rebondir.

« Côté registre musical, cet événement regroupe tous les types de musique (rap, électro, RnB …) car les tourneurs internationaux cherchent toutes les variétés et ne s’enferment pas dans le folklorique.

« Saison après saison, il y a de plus en plus d’acheteurs et ce rendez-vous devient incontournable pour la scène artistique marocaine et pour la profondeur africaine que le Maroc essaye d’avoir.

Aucun soutien financier de l’Etat

« Le problème est que malgré son impact économique sur la ville, Visa For Music n’est pas soutenu à sa juste valeur. La question de la compréhension des autorités de son impact et de ses enjeux est différente en fonction des interlocuteurs.

« Son promoteur ne prétend pas faire le travail à la place de l’Etat, mais ce dernier n’est clairement pas assez impliqué en termes de soutien financier ou logistique. Il y a eu un partenariat éphémère avec un ancien ministre de la Culture (Mohamed Amine Sbihi, NDLR), mais son successeur n’a pas jugé utile de le renouveler.

« Nous espérons que l’actuel ministre qui vient de prendre ses fonctions saura mesurer à sa juste valeur l’impact de cet événement sur l’économie des artistes et sur la ville. Etant optimiste, j’espère que cette édition, qui a encore accouché dans la douleur, contribuera à le convaincre de son apport.

« Si l’Etat comprend, c’est très bien, sinon il reste à espérer que la société civile se mobilisera davantage pour assurer la pérennité de Visa For Music », conclut Boumehdi.

Interrogé à son tour, Brahim El Mazned, fondateur de V4M, espère également que le gouvernement finira par prendre conscience de la nécessité d’aider cet événement structurant pour la filière culturelle.

« Hormis le développement de projets magnifiques sur le plan événementiel, nous voulons créer une vraie dynamique d’industrie culturelle au Maroc mais pour cela, il faut que l’Etat nous accompagne. »

Les mécènes aux abonnés absents

« Nous espérons rencontrer rapidement le nouveau ministre de la Culture pour le convaincre du bien-fondé de notre démarche mais il serait également utile que les entreprises marocaines sortent de la sphère du sponsoring pour entrer dans celle du mécénat.

« Certaines grandes sociétés le font mais uniquement dans le cadre de leur propre fondation.

« Les autorités doivent donc mettre en place des outils de soutien des projets culturels mais le mécénat doit aussi se mobiliser pour ces initiatives.

« C’est grâce à notre sponsor OCP que nous avons pu sauver les meubles, mais nous aimerions avoir d’autres partenaires pour inscrire notre plateforme dans la durée et l’installer à l’échelle africaine.

« En effet, sur le continent, il y a 5 événements du même type mais Visa For Music est celui qui s’impose le plus.

« Nous devons trouver d’autres moyens pour pouvoir faire d’autres choses tout au long de l’année, comme organiser 2 ou 3 rendez-vous similaires dans des capitales africaines.

Edition 2020 garantie mais espère le soutien de l’Etat

« Concernant notre avenir, la tenue de l’édition 2020 est, à priori, garantie mais j’espère qu’elle bénéficiera d’un véritable accompagnement financier et logistique du nouveau ministre de la Culture.

« Cela ne pourra être que bénéfique pour une ville qui aspire à être la capitale de la culture du Maroc et d’Afrique », affirme El Mazned qui espère que son message sera entendu par qui de droit.

Au final, ce rendez-vous unique au Maroc et qui s’est vite imposé sur le continent africain gagnerait à être enfin pris au sérieux et soutenu par l’Etat à savoir par le ministre de la Culture.

Sachant que ce dernier, Hassan Abyaba, était présent à la soirée de cérémonie d’ouverture, mercredi 20 novembre, il faut croire que le message du promoteur a été entendu. A suivre ….

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