Scènes de guerre dans les villes égyptiennes

Scènes de guerre dans les villes égyptiennes

Le 17 août 2013 à 10h26

Modifié le 17 août 2013 à 10h26

De nombreux affrontements entre la police épaulée par l’armée d’un côté, et des manifestants armés, se déroulaient dans de nombreuses villes du pays ce samedi à la mi-journée. Une mosquée était assiégée, la police pensant qu'il s'agit du QG de l'insurrection armée.  

Les partisans du président islamiste Mohamed Morsi retranchés dans une mosquée du centre du Caire ont tous été évacués samedi après-midi, ont annoncé à l'AFP des sources au sein des services de sécurité.

Les forces de l'ordre peinaient toutefois à prendre le contrôle du minaret de la mosquée Al-Fath, depuis lequel, selon l'agence de presse gouvernementale Mena, des tireurs avaient ouvert le feu sur les forces de l'ordre. Mais plus aucun tir ne résonnait en fin d'après-midi, ont assuré les sources de sécurité.

La police a lancé l'assaut dans l'après-midi contre cette mosquée où s'étaient retranchés de nombreux islamistes, assiégés depuis vendredi soir par les forces de l'ordre, au quatrième jour de heurts.

Un journaliste de l'AFP présent au moment de l'assaut a vu les policiers commencer à sortir de force sept ou huit hommes, mais la foule de résidents en colère les a frappés à coups de bâtons et de barres de fer .A l'aube, des images diffusées par des télévisions avaient montré des policiers entrés sans violence dans la mosquée et qui semblaient négocier avec les manifestants leur sortie.

Une manifestante à l'intérieur a affirmé à l'AFP par téléphone que les pro-Morsi réclamaient la garantie de ne pas être arrêtés ou attaqués par des civils hostiles en sortant de la mosquée.

Un nouveau spectre flotte désormais sur l’Égypte, celui de la justice de rue dans un pays où les divisions n'ont jamais été si profondes. Des "comités populaires" se sont mis en place. Il s'agit en réalité de groupes d'auto-défense de jeunes souvent excités et armés qui fouillent les passants, contrôlent l'accès à leur quartier et amènent de force à l'armée et à la police toute personne leur paraissant suspecte.

En début d'après-midi, plusieurs portails égyptiens d'information anonçaient l'arrestation de Mohamed Zawahiri, frère de Aymen Zawahiri chef d'Al-Qaïda.

Au moins 195 personnes ont été tuées dans toute l’Égypte depuis vendredi dans les heurts entre manifestants partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi et les forces de l'ordre qui avaient reçu l'autorisation d'ouvrir le feu, a annoncé samedi le gouvernement.

Un précédent bilan à partir de chiffres officiels et d'un décompte de l'AFP faisait état de 83 morts au moins. Depuis trois jours, 57 policiers ont été tués, selon le porte-parole du gouvernement, qui n'a pas précisé s'ils venaient ou non s'ajouter aux 195 morts.

En outre, le fils de Mohamed Badie, guide suprême des Frères musulmans, la confrérie du président islamiste déchu Mohamed Morsi, a été tué par balles vendredi au Caire dans les heurts entre forces de l'ordre et manifestants pro-Morsi, a annoncé la confrérie samedi.

Les partisans du président Mohamed Morsi destitué par l'armée doivent à nouveau descendre dans les rues après la prière de la mi-journée pour défier les autorités qui autorisent désormais leurs hommes à ouvrir le feu sur les manifestants violents.

Face à l'escalade des violences et à la radicalisation des deux camps, qui font craindre que le pays –sous état d'urgence– ne bascule dans le chaos, des pays européens ont dit envisager de réexaminer leurs relations avec Le Caire.

Samedi, un cordon de police était posté à l'entrée de la mosquée Al-Fath du centre du Caire et des hommes casqués escortaient quelques manifestants, dont des femmes, hors du lieu de culte transformé en morgue de fortune.

Des membres des forces se trouvaient en outre à l'intérieur de la mosquée où ils avaient pénétré un peu plus tôt sans avoir recours à la force.

Dans un communiqué, les Frères musulmans ont assuré dans la matinée que plus d'un millier de manifestants s'y trouvaient depuis 12 heures. Ce chiffre ne pouvait être confirmé de source indépendante.

Des coups de feu ont été échangés au début du siège avant de cesser dans la nuit, selon des manifestants joints par l'AFP. Vers 01h00 du matin, l'armée avait proposé de laisser sortir les femmes mais réclamé de pouvoir interroger les hommes, ce que les manifestants ont refusé, a assuré l'un d'eux.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé avoir arrêté pour la seule journée de vendredi 1.004 islamistes proches des Frères musulmans –la confrérie de M. Morsi qui accuse l'armée d'avoir mené un "coup d'Etat sanglant" et d'avoir installé depuis un "Etat policier" ayant arrêté la plupart de ses dirigeants.

Cette journée a été marquée par des scènes de guerre inédites, au Caire notamment, avant que les manifestations ne cessent une heure après l'entrée en vigueur du couvre-feu nocturne.

Les Frères musulmans appellent désormais leurs partisans à manifester tous les jours pour dénoncer le carnage de mercredi, journée ayant fait selon eux 2.200 morts.

Le pouvoir mis en place par l'armée affirme désormais se battre contre un "complot terroriste" des Frères musulmans.

Tirs d'armes automatiques

Vendredi, dans la capitale verrouillée par l'armée et quadrillée par des "comités populaires" de partisans du nouveau pouvoir –souvent des milices de jeunes armés–, des tirs d'armes automatiques ont retenti toute la journée, notamment autour de la place Ramsès où étaient massés des milliers de pro-Morsi.

Dans deux morgues improvisées dans des mosquées du quartier, dont la mosquée Al-Fath, un correspondant de l'AFP et des témoins ont compté au moins 39 corps. En outre, 44 personnes ont été tuées dans d'autres provinces, dont 10 par les forces de l'ordre à Suez parce qu'une manifestation bravait le couvre-feu, selon des sources de sécurité.

Le parti de la Liberté et de la Justice, bras politique des Frères, a fait état de 130 morts dans la capitale seule.

Le ministère de l'Intérieur a fait état de plusieurs attaques des pro-Morsi contre des postes de police, tandis que la presse se déchaînait de nouveau samedi matin contre les Frères.

La télévision privée OnTV les accusait de perpétrer "un véritable holocauste", leur faisant notamment porter la responsabilité dans les attaques contre de nombreuses églises à travers le pays.

Les Coptes, qui représentent 10% de la population, affirment de leur côté que les forces de l'ordre n'assurent aucune protection de leurs lieux de culte, maisons et écoles, visées par une vague d'incendies et de pillages ces derniers jours.

De son côté, la télévision d'Etat affiche en permanence un bandeau assurant, en anglais, que "l'Egypte combat le terrorisme".

Appel à des "mesures appropriées" de l'UE

Vendredi, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a invité les Etats membres de l'Union européenne à prendre "des mesures appropriées" lors d'une réunion prévue lundi à Bruxelles. Les grands pays européens ont continué à déconseiller les voyages en Egypte, alors que la Suède, la Norvège et la Finlande ont rapatrié leurs ressortissants qui y faisaient du tourisme.

Amnesty International a appelé à une enquête complète et impartiale sur le récent bain de sang –appelant l'Egypte a autoriser la visite d'experts de l'ONU–, estimant que la réponse des forces de l'ordre avait été "largement disproportionnée".

La Turquie a, elle, rappelé son ambassadeur en Egypte, et le Caire a aussitôt pris la même mesure et annulé des manoeuvres navales communes prévues.

En revanche, Ryad et Amman ont affirmé soutenir le pouvoir égyptien "face au terrorisme". Les pro-Morsi dénoncent un coup d'Etat contre le premier président démocratiquement élu du pays alors que ses détracteurs l'accusent d'avoir gouverné au profit des seuls Frères musulmans et d'avoir laissé le pays s'enfoncer dans la crise économique. 

Les entreprises étrangères entre retrait et attentisme

Certaines entreprises étrangères présentes en Egypte ont décidé de cesser leurs activités et de rapatrier leurs salariés expatriés face aux violences dans le pays, tandis que d'autres attendaient encore vendredi de voir comment évoluait la situation.

Bouygues Construction, filiale de BTP du groupe français Bouygues, a ainsi rapatrié par avion cinq familles d'expatriés, arrivées à l'aéroport de Roissy vendredi dans la matinée. Le chantier de la ligne 3 du métro du Caire, sur lequel ils travaillaient, a par ailleurs été "arrêté et sécurisé", selon le groupe.

Selon des informations de presse, le groupe de construction français Vinci, qui travaille sur le même chantier, a également rapatrié ses salariés expatriés vendredi. Le groupe a déclaré ne pas faire de commentaires à ce stade.

La compagnie pétrolière britannique Shell a pour sa part fermé ses bureaux en Egypte jusqu'à dimanche, "afin d'assurer la sécurité de (son) personnel", et restreint les voyages d'affaires vers le pays. "Nous continuons à surveiller la situation en Egypte", a déclaré un porte-parole.

Le principal site de production du groupe en Egypte est exploité par la Badr El-Din Petroleum Company (Bapetco), une coentreprise entre Shell et l'Egyptian General Petroleum Corporation.

Dès jeudi, le fabricant suédois d'électroménager Electrolux, qui emploie environ 6.700 personnes en Egypte, a annoncé fermer provisoirement ses usines au Caire et alentour, le temps d'"examiner la situation en termes de sécurité". Il a été suivi par le constructeur automobile américain General Motors (GM), qui a annoncé le même jour la fermeture temporaire de son bureau du Caire et la suspension de la production de son usine locale, qui emploie "plus de 1.400 Egyptiens".

Son concurrent Total, présent en Egypte avec sa filiale de distribution de carburants Total Egypt, dit prendre "toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des employés et des installations", sans plus de précisions. Total Egypt compte environ 130 salariés.

Le procès Moubarak ajourné au 25 août

Le procès de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak pour complicité dans le meurtre de manifestants a été ajourné au 25 août, à l'issue d'une brève audience samedi.

L'ancien président, âgé de 85 ans, et son ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli, tous deux poursuivis avec six autres responsables du régime renversé début 2011 par une révolte populaire, n'étaient pas présents dans le box grillagé de la cour criminelle.

Le premier procès de M. Moubarak avait abouti en juin 2012 à une condamnation à la réclusion à perpétuité, mais la Cour de cassation a ordonné un nouveau procès, qui a commencé le 11 mai.

M. Moubarak est jugé en même temps que ses deux fils, six anciens hauts responsables des services de sécurité ainsi qu'un homme d'affaires, Hussein Salem, qui a fui vers l'Espagne.

(Avec AFP)


 

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