Jacques Vergès, ce qu’en disent des juristes marocains

Même mort, Jacques Vergès continue à ne pas faire l’unanimité. Médias 24 a voulu donner la parole à une génération de juristes marocains, différente de celle qui a côtoyé Me Vergès. Les avis divergent.

Jacques Vergès, ce qu’en disent des juristes marocains

Le 17 août 2013 à 11h40

Modifié 17 août 2013 à 11h40

Même mort, Jacques Vergès continue à ne pas faire l’unanimité. Médias 24 a voulu donner la parole à une génération de juristes marocains, différente de celle qui a côtoyé Me Vergès. Les avis divergent.

Pour les Marocains, Jacques Vergès est surtout celui qui a défendu Omar Raddad. C’est à la demande du défunt roi Hassan II, qu’il s’est occupé de son dossier. En 1991, ce jardinier marocain est accusé d’avoir poignardé la maîtresse de maison. Il fût gracié en 1996 par le président Jacques Chirac.

«Je l’ai vu plaider à Paris. C’était en 1998, dans le cadre de l’affaire Garaudy. Il était excellent. Un plaidoyer qui conjugue des connaissances historiques et culturelles. Ensuite, je l’ai revu, à Casablanca, quand il est venu pour une représentation de sa pièce «le Serial Plaideur», au cinéma Rialto. Un spectacle grandiose. J’y étais en compagnie de Abderrahmane Youssoufi. Cela faisait bien longtemps que les deux hommes ne s’étaient pas revus, ils se connaissaient depuis près de 45 années. A la vue de Abderrahmane Youssoufi, Jacques Vergès s’écria : «tu n’as pas vieilli. Il faut être 1er ministre pour rester jeune!», se souvient Youssef Chehbi, avocat inscrit au barreau de Casablanca.

«Monstre sacré de la profession, anticonformiste, faisant un vrai travail d’avocat, qui est celui de défendre tous les justiciables. Plus l’accusation est lourde, plus le devoir de défendre est grand, comme un médecin doit soigner tout le monde» disait-il.

«Ce que l’on peut retenir de Jacques Verges, ce chevalier des causes perdues, c’est à la fois le panache et le talent d’une icône des barreaux, doté d’une grande culture, très narcissique, et provocateur à souhait, un personnage plein de contradictions, qui cultivait l'art de la révolte et de la volte-face permanente. Les justes sont en deuil, les injustes jouissent… ». C’est ainsi que réagit Meriem Bennis, avocate au barreau de Casablanca et professeur universitaire.

 Autre point de vue. Yousr Bennani, avocat inscrit au barreau de Casablanca déclare d’emblée : «Il serait un peu présomptueux de ma part de donner un avis sur le défunt, cela devra être une simple opinion personnelle». Une précision de rigueur avant de poursuivre : «je considère que c’est surtout un homme de lettres et d'histoire de formation. Sa formation juridique est rudimentaire. Il a atterri au barreau "parce qu'il fallait bien avoir un métier", disait-il.  Je n'ai jamais retrouvé chez lui le pragmatisme et l'analyse juridique pertinente des juristes chevronnés qui arrivent à gagner de grands procès en soulevant le non-respect de règles de procédure ou en mettant en avant un petit détail de droit aussi petit soit-il. D'ailleurs, il s'est limité à défendre l'indéfendable, ce qui me pousse à le qualifier de sensationnaliste qui défendait plus son nom que ses clients (sans succès d'ailleurs). Ses nombreuses interventions télévisées m'ont toujours laissé sur ma faim.»

 «Jaques Verges fût un grand avocat, féru de la justice. Ce qui me passionne chez lui c'est sa grande connaissance non pas uniquement du droit, mais aussi de l'histoire, il s'imprégnait de faits et de cas historiques faisant de ses plaidoiries à chaque fois un chef d'œuvre. Par ailleurs, il fût un modèle de l'avocat stratège, provocateur dans la limite du droit, capable de gagner grâce au détail sans trop s'essouffler, comme me le rappelle une belle phrase de Tom Hanks dans le film Philadelphia : capable de jouer et gagner une partie de tennis sans mouiller son t-shirt. Autre particularité chez ce grand Monsieur, c'est le courage de pousser le droit à être défendu au fond, en plaidant dans des affaires très difficiles, khmer rouge, Barbie… On l'a même appelé l'avocat des indéfendables. Il demeurera l'un de mes modèles dans ma vie professionnelle, et ses ouvrages perpétueront ses recettes juridiques et judiciaires», témoigne Younès Anibar, avocat inscrit au barreau de Casablanca.

Adieu Maître !

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