Affaire Jihane et Hiba: Mobilisation et sentiment de révolte contre les archaïsmes du droit pénal

Les deux accusés du viol de Rabat passent devant le juge, le 5 août. Ce procès dépasse le cadre d’une affaire de viol, il ouvre le débat sur l’évolution du droit pénal dans sa globalité. La société se révolte contre ses archaïsmes.

Affaire Jihane et Hiba: Mobilisation et sentiment de révolte contre les archaïsmes du droit pénal

Le 28 juillet 2013 à 15h13

Modifié 11 avril 2021 à 2h35

Les deux accusés du viol de Rabat passent devant le juge, le 5 août. Ce procès dépasse le cadre d’une affaire de viol, il ouvre le débat sur l’évolution du droit pénal dans sa globalité. La société se révolte contre ses archaïsmes.

 «Ce combat que nous menons avec l'appui total de nos parents, nos familles et vous, n'est pas juste celui de Jihane et Hiba mais doit être celui de toute une société qui se doit de faire entendre la voix de la justice. Pour que ce genre de choses honteuses n'ait plus lieu au Maroc. Que les actes ignobles soient punis», écrit Hiba dans un long post qui témoigne d’une maturité précoce pour une jeune fille de 17 ans. Un post sur la page facebook de soutien aux deux jeunes victimes d’agressions sexuelles, Jihane et Hiba, créée le mercredi 24 juillet et qui est passée de 300 à plus de 14.000 fans au moment où nous rédigeons ces lignes. Cette affaire prend une dimension humaine d’une grande ampleur.

Si le principe veut que le droit évolue en suivant les mutations des sociétés, c’est l’occasion ou jamais pour que le législateur applique ce principe. Et l’institution parlementaire en est le principal instrument. Celui qui concentre les voix des électeurs. D’illustres inconnus, des anonymes, des personnes publiques, des jeunes et moins jeunes, représentant une société en effervescence, réclament haut et fort, qu’on rende justice.

Dans le post de Hiba, il est justement question de justice.« Il faut que justice soit faite et je pense que c’est en cours. Que justice soit rendue à ces filles, leur dignité est touchée. C’est important pour qu’elles puissent se reconstruire », confie à Médias 24 Fatna El Bouih, ex-détenue politique, ayant notamment participé à la création de l’Observatoire nationale des prisons et du Forum Justice et Vérité. Elle manifeste son désarroi. « Tout ce pour quoi nous avons lutté pendant des années semble être parti en fumée. Alors, nous travaillons, en organisant des séminaires sur la sécurité des femmes en ville. Nos filles, doit-on les enfermer dans un coffre-fort ? », s’insurge-t-elle. Puis, elle s’indigne nostalgique : «  je pensais que les stratégies que nous avions mises en place pour les femmes de notre génération seraient suffisantes. Aujourd’hui, nous sommes entrain d’en élaborer pour nos filles ».

Elle précise par ailleurs : « je suis militante alors je ratisse le terrain. J’effectue un travail de plaidoyer, en me déplaçant chez les décideurs, les élus communaux… ». Fatna El Bouih ne manque pas d’aborder un point important, celui de la mainmise de la gent masculine sur l’espace public. Une situation de force qui favorise l’harcèlement, l’insulte et l’agression dès qu’une femme investit les lieux.

L’affaire de Jihane et Hiba, c’est cela aussi. Car ce n’est pas uniquement le procès de deux présumés coupables. Auxquels leurs avocats ont fait faux bond, ce qui fait dire à un juriste : « ce procès doit être équitable. Une véritable représentation judiciaire des personnes poursuivies donnera une vraie crédibilité à la sentence de la cour ». En effet, si dans le procès qui s’annonce, le sentiment de « hogra » prédomine dans les nombreux témoignages notamment des femmes, elle ne doit pas changer de camp. Le slogan serait « justice pour tous ».

L’audience devant la cour d’assises fixée le 5 août prochain promet une véritable mobilisation. C’est ce que pronostique ce praticien du droit proche du dossier : « il est évident que la salle affichera complet. Entre 1.000 et 2.000 personnes ne manqueront pas de se déplacer en signe solidarité, mais aussi pour dénoncer et réclamer l’abrogation de toutes ces lois discriminatoires et en contradiction avec l’évolution de la société». Pour ne citer que les dispositions incriminant la consommation d’alcool, la pénalisation de la rupture publique du jeûne, les relations sexuelles hors mariage ou le viol conjugal…

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