« Marche des salopes »: Marocaines et Suissesses, même combat

Coline De Senarclens, l’une des initiatrices de la Marche des salopes en Suisse, a rencontré les Woman Choufouch à Rabat. Qu'est ce qui unit ces deux mouvements féministes?

« Marche des salopes »: Marocaines et Suissesses, même combat

Le 27 mai 2013 à 16h44

Modifié 27 mai 2013 à 16h44

Coline De Senarclens, l’une des initiatrices de la Marche des salopes en Suisse, a rencontré les Woman Choufouch à Rabat. Qu'est ce qui unit ces deux mouvements féministes?

 

Membre fondateur de la Marche des Salopes Suisse, vous avez récemment rencontré votre homonyme au Maroc. Comment avez-vous pu organiser ce rendez-vous ?

Cela s’est fait via Facebook. Il faut savoir que sans les réseaux sociaux, nous n’aurions jamais pu organiser notre marche. Il faut savoir qu’il y a une page internationale de la Marche des Salopes, qui est très contrôlée par les administratrices de la page à cause des réactions violentes qu’elle suscite. C’est une page de travail, où nous pouvons poster des articles, lancer des débats et on y trouve aussi les numéros de téléphones de toutes les slut walk.

Aussi, j’ai profité de mes vacances au Maroc pour rencontrer les Woman Choufouch. Justement, les organisatrices de la Marche des salopes marocaines ont dû changer de nom parce qu’elles ont eu trop de problèmes, d’autant que c’est pendant le mois de ramadan qu’elles avaient créé leur page Facebook, il y a eu une hargne sur le terme salope. Nous aussi nous avons rencontré cette difficulté.

Quelles sont vos conclusions suite à votre rencontre avec les Woman Choufouch ?

Il y a des enjeux spécifiques au Maroc, que j’ai pu percevoir car je les ai vécus ici en tant que femme. Mais il y a également un consensus entre nos deux mouvements car après tout, nos revendications sont les mêmes, nous sommes sur la même longueur d’ondes et nous sommes du même courant féministe.

Mais ce que j’ai constaté est que l’enjeu de la Marche des salopes au Maroc est beaucoup plus axé sur la question de l’espace public et du harcèlement dans la rue alors qu’en Suisse, nous essayons de mettre cela au second plan. Pour nous, le viol n’a pas lieu dans une rue sombre le soir par un inconnu mais chez soi, par quelqu’un qu’on connaît : un frère, un père, un ex-petit copain…

Vous parlez de courant féministe. Quels sont les différents types de féminisme et auquel appartenez-vous ?

Je suis féministe de sexe positif, du mouvement Queer. Par opposition aux féministes radicales qui considèrent typiquement que le sexe est en soi une oppression et que pour se désaliéner, les femmes doivent observer l’abstinence, arrêter de s’épiler… Nous estimons que les hommes ont le monopole du droit au corps, au désir, au sexe et qu’il faut en finir avec le dogme blanc, hétérosexuel, mâle.

Une question de Marocaine à Suissesse : pour quels droits vous battez-vous encore en Suisse ?

Au niveau du droit de la femme en Suisse, nous avons eu de nombreuses évolutions et nous avons les mêmes droits au niveau du code civil et du code pénal. Les salaires des femmes s’améliorent, lentement. On devrait donc arrêter de se plaindre parce qu’au niveau du papier, noir sur blanc, nous sommes arrivés à une certaine égalité. Mais au niveau symbolique et au de tout ce qui est culturel, c’est encore totalement monopolisé par les hommes.

La mentalité suisse est-elle conservatrice, et peut-on parler de société paternaliste comme au Maroc ?

C’est dans les têtes qu’il y a encore du sexisme. Dans ce sens, les Marocaines et les Suisses ont les mêmes raisons de se battre. Par exemple, près de 70% des femmes arrêtent de travailler en Suisse pour élever leurs enfants donc nous sommes encore dans un système traditionnel.

Récemment, la Suisse a refusé un changement d’article constitutionnel sur la famille, qui favorise la prise en charge des enfants par les institutions car bien que plus de 50% de la population ait été favorable, moins de 50% des cantons ont soutenu le projet. Or, en Suisse, pour un changement constitutionnel, il faut avoir la double majorité de la population et des cantons.

Il y a donc un enjeu politique très fort sur les questions du travail des femmes et nous avons encore des partis politiques qui considèrent que les femmes devraient plutôt s’occuper des enfants parce qu’elles volent des emplois, coûtent à la société à cause des crèches… Ce qui se rapproche d’une mentalité que nous pouvons trouver au Maroc. D’ailleurs, les Suissesses ont eu le droit de vote bien après les Marocaines !…

Pour vous, le sexisme est donc universel…

Du fait de l’islamophobie, lorsqu’on parle de sexisme en Suisse, beaucoup répondent que le sexisme est typiquement musulman. Donc le sexisme, serait le problème des autres. Pareil pour les violences sexuelles : ceux qui battent leurs femmes, c’est les arabes. Alors même que nous avons très peu d’arabo-musulmans en Suisse mais plutôt des musulmans d’ex-Yougoslavie.

Or le discours de l’extrême droite privilégie ce type de clichés accusant le coran d’oppresser les femmes. Alors que ce sont les mêmes qui vont soutenir que la place de la femme est au foyer. Dans ce sens, le racisme et le sexisme vont de pair.

Quelle est la position de la Slut walk suisse sur la question du voile ?

Notre mouvement a tout de suite été pris à partie sur cette question. Nous avons donc tout de suite tenu à préciser que les femmes qui portent le voile sont tout aussi harcelées et violées que les autres, or c’est contre cela que nous nous battons. D’ailleurs, notre slogan c’est « à la slut walk, en burka ou à poil, venez comme vous êtes » car c’est comme cela que nous voulons que vous soyez respectées.

Parallèlement, beaucoup de féministes de gauche soutiennent que l’islam oppresse les femmes et vont prendre position contre le voile. Par exemple, la majorité d’entre elles a voté contre les minarets. Les féministes musulmanes ont donc beaucoup de raisons de se plaindre du féminisme occidental. Or il faudrait plutôt penser à adopter un discours commun pour agir ensemble.

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